Proposée à des prix concurrentiels: Ruée sur la viande importée

A Oran, une tendance frappante se dessine sur les étals des bouchers : la viande importée, autrefois considérée comme une alternative de moindre qualité, devient de plus en plus populaire, et surtout, plus abordable que la locale.
Alors que la production nationale fait face à des coûts élevés, les viandes importées, comme le veau ou le poulet, sont désormais affichées à des prix compétitifs et, parfois, bien inférieurs à ceux des produits locaux.
En effet, le kilogramme de viande de veau importée se négocie à 1.150 DA à Oran, un prix bien plus bas que celui du steak qui est proposé à 2.700 DA le kilo. De même, l’escalope de poulet importée se vend à 870 DA le kilo alors qu’il faut débourser 2.400 DA pour la viande hachée de bœuf local. Les marinades escalope ou encore les merguez poulet importées sont proposées à des prix presque similaires soit 1.050 DA et 1.250 DA le kilo respectivement. Dans ces conditions, le choix entre viande locale et importée devient pour de nombreux habitants un dilemme économique.
La principale raison de cette différence de prix réside dans les coûts de production. La production locale de viande, notamment de bétail, est confrontée à plusieurs défis. D’une part, les coûts liés à l’alimentation du bétail sont élevés, en raison de la dépendance vis-à-vis des importations de céréales et de fourrages. La sécheresse récurrente et les faibles rendements des pâturages accentuent cette pression économique. D’autre part, les producteurs locaux de viande peinent à améliorer leur productivité à cause d’un manque d’investissements dans les infrastructures et l’irrigation, ce qui fait grimper les prix.
A l’inverse, les pays exportateurs de viande bénéficient d’une production à grande échelle et de subventions agricoles qui permettent de maintenir des prix compétitifs sur le marché international. Des pays comme le Brésil ou l’Espagne, principaux fournisseurs d’Algérie, offrent des coûts de production beaucoup plus bas, ce qui explique que leur viande soit vendue à des prix bien plus accessibles.
En outre, la politique d’importation de l’Algérie, qui vise à garantir la disponibilité de la viande sur le marché local, a permis de maintenir une concurrence entre les produits locaux et importés. Toutefois, cette concurrence a des effets paradoxaux : si elle favorise une baisse des prix de la viande importée, elle laisse les producteurs locaux dans une situation délicate, incapables de rivaliser sur le plan économique.
Les conséquences de cette situation sont visibles à Oran et dans d’autres grandes villes du pays. Les ménages, contraints par des budgets serrés, se tournent ainsi de plus en plus vers les viandes importées. De nombreux consommateurs, pour qui le poulet farci à 1.200 DA le kilo ou la cuisse farcie à 950 DA semblent plus abordables, optent donc pour ces produits. La viande importée devient ainsi une alternative de choix pour les familles qui recherchent à la fois la qualité et des prix raisonnables.
Dans ce contexte, la viande locale se trouve en concurrence directe avec l’importée, mais la faiblesse de l’offre locale, combinée aux coûts élevés, pourrait continuer à favoriser la montée en puissance de la viande importée, au détriment des producteurs nationaux.
L’écart de prix entre la viande importée et locale soulève des questions sur l’avenir de l’élevage en Algérie. Si les consommateurs se tournent vers des produits étrangers de plus en plus accessibles, la production locale devra relever d’importants défis pour rester compétitive, notamment en améliorant ses infrastructures et en réduisant ses coûts de production. D’ici là, la viande importée risque de rester une option privilégiée pour de nombreuses familles.
O. Nadir
