PROJECTION D’UN FILM DOCUMENTAIRE À L’INSTITUT FRANÇAIS: La parole comme thérapeutique de la subjectivité
Ce lundi, nous avons assisté à une projection d’un film documentaire avec pour thème « penser différemment le soin à l’hôpital et en psychiatrie ». Les effets bénéfiques de conscientisation se sont mis sous les auspices de l’altérité.
Tout au long de ce film, la thérapeutique de la subjectivité s’est enracinée comme une arme préférentielle pour favoriser la singularité des trois questions que le philosophe Kant posait : « Que dois‐je faire ? Qui suis‐je ? Que m’est‐il permis d’espérer ? ». De ce fait, la fonction du « Je » humanise l’existence des sujets. La pulsion dionysiaque accompagne le dire subjectif au sein de cette institution qui se niche au sein d’un bateau. L’enjeu de la théâtralité s’avère capital pour mettre en valeur le « sentiment océanique » qui trouve sa démarcation dans l’inconscient. La lecture de la psyché humaine passe par « le gouvernement de la parole », qui signifie dans le vocable lacanien « le sujet est parlé plutôt qu’il ne parle ».
Pour atténuer la crainte de la réification des soins psychiques, le sujet parlant est ligoté par une camisole chimique qui promeut le glissement totalitaire du déterminisme biologique aux abois. De ce fait, la psychothérapie institutionnelle fondée par la « clinique de la Borde » dont les principaux fondateurs sont Tosquelles, Bonnafé, Fanon et Oury ont permis de renouer avec la singularité pour lutter contre la spoliation subjective. Par sa forme historique, la psychothérapie institutionnelle repose sur deux jambes, à savoir le marxisme et la psychanalyse ; il serait judicieux de rappeler l’enseignement de Lacan qui disait « Marx fut l’inventeur du symptôme. » Devant la question des soins psychiques qui interpellent le sujet pensant, la logique individuelle, comme celle du social, pourra nous aider à appréhender l’anthropologie de la libération du symptôme subjectif qui n’est pas comparable avec l’organique. Dans « la philosophie pour la médecine », le philosophe médecin Canguilhem dans son essai, « le normal et le pathologique » disait « qui il n’y pas de pathologie objective », une question, à elle seule, qui mérite un long développement. Dans la perspective « désirante » de l’être au sens de Spinoza, le débat s’est ouvert sur des questions relatives à la prise des soins dans un milieu contraint. Tenant compte du vécu algérien sur la pratique des soins psychiques, il va sans dire que le musellement de la subjectivité forme des « sociétés disciplinaires » qui font le lit à « des autoroutes de servitude » pour reprendre Gilles Deleuze.
Comment faire valoir la notion des soins psychiques pour endiguer ce rejet pathologique trouvant refuge, d’une part, dans un atavisme qui précarise la question de la singularité et, d’autre part, dans le fanatisme du marché qui se berce d’illusions ontologiques . L’arrogance dogmatique de la « socialité anomique » couplée à l’assujettissement au fanatisme forme « une clôture identitaire » qui enferme le champ des sciences sociales, en général, et la psychologie, en particulier, dans une prison où règne un climat « intellecticide ». Ce malaise social met en évidence un conflit tragique de l’impensé et nous conduit de façon volontaire à déterminer les facteurs de socialisation de l’individu qui se noie dans les tabous et l’interdit.
De ce fait, le geste créateur de la singularité en général joue son épanouissement dans le dénouement de l’ignorance satisfaite d’elle‐même et d’autant plus indigente qu’elle se croit riche, (l’exemple de l’enseignement des sciences sociales est édifiant à cet égard). La recherche de l’armature théorique qu’elle soit d’ordre philosophique ou psychanalytique se voit continuellement comme l’indice de sa malédiction et de sa vanité. Les raisonnements enveloppés d’inhibition ne servent qu’à rationaliser leur répulsion que la censure refoule. Pour illustrer ce bégaiement de la pensée qui s’appuie uniquement sur la « rationalité instrumentale », il serait judicieux de se pencher sur la nature de cette censure /répulsion. Comment la censure pourrait‐elle refouler certains désirs de changements et en accepter d’autres ? Citons l’exemple du déferlement de la modernité technologique, où le surmoi serait par l’effet d’un mystérieux privilège « entrouvert » laissant place à deux logiques antagonistes qui se combinent (progression/régression). Enfin, la plus grande indigence psychique et la plus grande désespérance sont le fait de refuser de bousculer les idées toutes faites en sombrant dans la somnolence de la détresse infantile qui favorise l’inhibition. En effet, cette question de l’infantilisation démontre que toute essence dogmatique est née de la peur et du besoin, c’est par la voie de la raison égarée qu’elle s’insinue dans l’existence. Favoriser la clinique de la parole permettra de dépasser l’existence ségrégative de toute forme d’hégémonie. La clinique de la parole demeure « une vertu créatrice ».
Adnan Hadj Mouri
