Ce que j’en pense: Bienvenue à bord du cirque ambulant
Par O.A Nadir
Dans la wilaya d’Oran, prendre le bus n’est pas seulement un moyen de transport, c’est une aventure, un test de nerfs, une immersion dans un monde où la logique s’efface devant la loi du plus bruyant. Ici, le respect a déserté depuis longtemps, remplacé par des regards froids et des mots tranchants.
D’abord, il y a le chauffeur. Ce maestro du klaxon qui pense que la route lui appartient et que les passagers sont des figurants dans son spectacle quotidien. Il conduit comme s’il avait une dette envers la vitesse et un compte à régler avec la prudence. Un coup de volant à gauche, une embardée à droite, une insulte au passage. À chaque freinage brutal, un passager manque de valser à l’avant, sous le regard amusé du capitaine du navire :
– « Si t’es pas content, descends et marche ! »
Puis vient le contrôleur. Ce chef d’orchestre de l’inconfort qui, sous prétexte de vérifier les billets, se croit investi d’une mission divine : humilier, presser, gronder. Il scrute chaque passager avec la méfiance d’un douanier et l’amabilité d’un videur de boîte de nuit un soir de bagarre. Une étudiante cherche sa monnaie ? Mauvaise idée. Un vieillard hésite en montant ? Tant pis pour lui. Ici, pas de pitié, seulement des remarques cinglantes et un regard qui en dit long :
– « On n’est pas là pour faire du social ! »
Quant aux bus eux-mêmes, ils tiennent plus de la relique que du moyen de transport. Vieilles carcasses bringuebalantes, sièges éventrés, vitres qui refusent de s’ouvrir (ou pire, qui refusent de se fermer en hiver). L’intérieur sent un mélange d’huile de moteur, de sueur et de fatigue accumulée.
Mais le plus inquiétant, c’est qu’on s’habitue. À force d’être maltraité, on ne réagit plus. On ne s’étonne plus des retards, des insultes, du mépris quotidien. On paye notre place, mais on laisse un peu de dignité à chaque trajet.
Et pourtant, certains chauffeurs font leur travail avec conscience, quelques contrôleurs sourient encore, quelques bus arrivent à l’heure. Mais ils sont si rares qu’ils passent pour des anomalies.
Alors, la question se pose : doit-on continuer à monter dans ces bus comme on monte sur un ring, prêts à encaisser, ou faut-il exiger le minimum, ce petit quelque chose qu’on appelle le respect ?
En attendant, attachez votre patience… et bon voyage.