L’obstination subjective du pardon
Depuis quelques mois, le café «Bel Oran» noue un lien avec le dire subjectif et tente de socialiser autour de lui la raison «observante» du militantisme culturel, de fait la voie vertigineuse de l’éros frappe les esprits en leur donnant la consistance des choses. C’est une forme de liberté qui s’exerce sur la conscience citoyenne entrouverte.
La capacité propre à l’esprit critique est de nouer un lien d’élection avec la dynamique conflictuelle pour faire advenir une identité plurielle. Dans cette conscience pour le moins réflexive, se saisit l’élan vital de la présentation du roman de l’écrivain Djamil «L’aube du pardon» ; ce dernier pourrait éclairer le lecteur sur l’exercice de la pensée rationnelle qui distingue deux formes de rationalité : le rationnel et le raisonnable. Ce qui a permis au romancier de magnifier l’éthique du pardon sans pour autant se figer dans l’auto-musèlement. L’écriture comme forme cathartique, selon l’auteur est donc ce qui a rendu toute écriture possible pour bien conduire la thérapeutique de la subjectivité. Lors du débat avec l’auteur, l’auto-compréhension du dire subjectif demeure la raison de soi comme position de valeur.
Devant le récit poignant de Djamil qui raconte les trois années de prison sous la loi injuste d’un ancien Premier ministre qui avait incarcéré plusieurs cadres d’entreprises , nous pouvons affirmer avec le philosophe Jankélévitch «qu’il n’y a que le temps qui soit irréversible» ; autrement dit, la disparition et la destruction de la vie sont inséparables d’une «temporalité vécue».
Peut-on dire que l’imagination «combleuse» du vide carcéral a su trouver un rapport authentique dans le verbe en mouvement ? L’acquisition de la conquête subjective s’est enracinée dans la plénitude éthique du partage avec ses congénères qui se trouvaient dans la même cellule.
Lors de la présentation de son roman, le romancier que nous avons découvert à travers des images d’incarcération ; la souffrance vécue déplie la remémoration de son enfance.
Dans le chemin de la résistance, s’installe le corps psychique, il tient si bien pour subjectiver un récit fictionnel.
Cela dit, même si la notion du trauma provoque un retentissement psychique, la question s’impose : est-ce que les effluves de la résilience pourront libérer l’incarcération des symptômes ?
A travers des échanges fructueux, nous pouvons dire que la réification à laquelle s’attelle toute spoliation subjective s’avère traumatisante et les fondements militants de la culture ne doivent plus s’égarer dans une dimension ontologique inconsistante du divertissement vulgarisateur faisant bon ménage avec la multiplicité superficielle qui ne peut que décevoir le chemin de l’émancipation puisqu’elle n’agite rien négativement que la sécurité narcissique.
La question qui reste en suspens est de savoir « à quoi je vais me soumettre pour m’insoumettre ? ».
Adnan Hadj Mouri
