La réflexion de Adnan Hadj Mouri : Le féminin pour une causalité psychique
Comme à l’accoutumée dans la plupart de mes chroniques, j’essaie d’aborder les questions sociétales en mettant en lumière leurs aspects conflictuels.
Suite à une discussion avec une amie, militante de la condition féminine, bien qu’elle ait partagé une grande partie de l’exposé, elle reste figée sur l’idée de psychologiser le patriarcat, en omettant d’évoquer le côté des luttes qui selon elle, demeure prépondérant. Face à l’action militante, peu encline à l’analyse du fonctionnement psychique, je ne peux m’empêcher de réfléchir à la révolution sans fin du féminin, tentant de décrypter ce qui se passe dans cette mouvance.
À titre d’exemple, je mentionne le mouvement #MeToo, qui suscite des réactions implicites dans notre pays. Au cours de notre discussion, je lui fais part de mes questionnements sur l’avalanche de féminicides, qui prend des allures d’affolement dans le monde, et plus particulièrement en Algérie. Ma question fut la suivante : Comment, en tant que féministe militante active, peux-tu expliquer ce phénomène en Algérie ?
L’explication ne fut pas surprenante. Lorsque le symptôme subjectif nous fait échec, nous tentons de dualiser le rapport homme-femme, comme le faisait l’écrivain Daoud. Au cours de la conversation, il m’est venu à l’esprit de discuter le féminicide, non pas à partir de la structure sociale qui peut, à notre insu, rationaliser l’inhibition, mais en posant des jalons réflexifs sur le terrain psychique, et non pas psychologisant afin de déchiffrer le phénomène du féminicide, considéré comme un parricide.
Il est important de se poser les bonnes questions : Qu’est-ce qu’une femme et qu’est-ce qu’un homme ?
Ce type de questionnement ne doit pas sembler saugrenu ; au contraire, il permet de décloisonner le savoir en approfondissant l’analyse. Le rapport au sujet, inscrit dans le lien social, sera déterminé par une conflictualité psychique dès sa naissance. Cet aspect montre que la socialisation future sera influencée par cette dynamique.
Le combat se veut conséquent et ne peut être mené sans une lecture clinique, permettant d’aiguiller le dire subjectif, qui s’enferme inéluctablement dans le fait de forclore l’inconscient, en attendant les heures de gloire du militantisme pour apporter un changement attendu.
Cela laisse planer des doutes entre révolution et révolte, à mon sens. La causalité psychique apporte une révolution, car elle permet à l’individu de se frayer un chemin vers le décentrement.
Pour éviter le mythe de Sisyphe du combat qui peine à éclore, il faut pouvoir se décarcasser. Il est crucial d’interroger ce refoulement de la féminité, d’où provient-il pour prétendre changer les rapports sociaux ?
À cet effet, la réification des sociétés capitalistes asservit l’agir humain, consolidant le neuronal pour mieux débiliser le sujet. En biologisant l’amour, ce totalitarisme vain ne peut que favoriser la cassure subjective.Le verbe « militer » ne devra plus s’accoupler avec la fabrique de la servitude, qui fait bon ménage avec la négation psychique issue de l’histoire individuelle. Le socle réflexif devra permettre une maturation pour embrasser la conflictualité des rapports sociaux, en passant par la causalité psychique. À ce titre, nous pouvons citer un exemple prégnant : le mouvement de 1968 en France, lorsque le gouvernement a augmenté les salaires des ouvriers, tandis que la revendication des étudiants concernant la pacification des mœurs n’était plus une priorité.
Soixante ans plus tard, lors du Hirak, une résistance a eu lieu quant au mouvement dit féministe. À mon sens, il y a lieu d’interroger ce blocage qui reflète un « empêchement subjectif, P. Ricoeur » Enfin, la résistance trouvera un éclair de subversion en dialectisant l’aliénation sociale et significative, ne laissant pas dégouliner un message humaniste passif.
En conclusion, il serait intéressant de débattre de certains poncifs tels que la libération de l’instinct, car l’animalité pourrait se montrer plus humaine que l’être humain en général, mu par une vengeance, ce qui n’expliquerait pas la naturalisation de la méchanceté.
A.H.M
