Ce que j’en pense: Vie et mort d’un insomniaque

Que faire pour un insomniaque dans un pays qui met son pyjama à huit heures du soir ? S’il n’est pas complètement addict aux somnifères et si un Stilnox lui fait le même effet qu’un sirop contre la toux, il pourra alors adhérer à la ligue des justiciers. Mais comme cette dernière n’existe que chez Marvel et Cie et qu’il faut être fils de Sam ou extraterrestre pour faire partie du club, il pourra toujours se rabattre sur les remèdes de grand-mère. Mais comme grand-mère est morte, deux mois après grand-père, l’insomniaque pourra toujours sortir sur le balcon et compter les étoiles de la nuit, en espérant apercevoir l’extraterrestre qui pourra le pistonner auprès de ladite ligue des justiciers dont j’ai parlé, quelques lignes plus haut. Relisez !
Bref, si le ciel ne brille pas, alors l’insomniaque pourra dire adieu à sa nuit de sommeil. Encore une. Que reste-t-il donc à espérer ? Que la sécurité règne dans les rues et que les commerces accueillent les noctambules comme lui. Que les familles investissent les lieux publics, sans peur ni reproches. Que les femmes se promènent sans risquer de se faire agresser à chaque portion d’obscurité ou d’être traitées de tous les noms d’oiseaux par des frustrés.
Enfin, il sait mieux que quiconque qu’il lui est plus facile de corrompre le marchand de sable (pour faire comme tout le monde, dans ce pays) que de voir la nuit redevenir jour. Alors quoi ? Se suicider, ce n’est pas bien vu par la société ni par la religion. Veiller éternellement un pays qui ronfle les yeux ouverts, ce n’est pas bien pour la santé. Réfléchir à un monde qui vous ignore, ce n’est pas bon pour le moral. Appeler ses connaissances à trois heures du mat pour se sentir moins seul dans la nuit, on finit par se faire détester par le reste de l’humanité.
Puis quoi ? Il avait beau se tourner et se retourner dans sa couche, prêt à se cogner la tête contre le mur qu’il finit par allumer la télé. Le petit écran, après une certaine heure de la nuit, devient cannibale, mangeant ses propres programmes. «Alhan wa chabab», une relique médiévale, en plus mauvais de la télé des années Chadli. Une caméra-cachée qui montre toute l’étendue de la violence cathodique dont seuls les descendants de l’amnésie nationale sont capables. Une météo qui ment et un présentateur de JT national aussi charismatique qu’une madeleine perdue dans le Sahara.
Ailleurs, la télé accuse et condamne déjà. Tarik Ramadane est le nouveau Luis La Bestia Garavito ; Macron est un grand dirigeant et Kadhafi a tué Sarko et Canal + devient i-24. Le sommeil ne frappera pas à sa porte cette nuit, alors il pourra toujours se consoler en écrivant cette chronique à dormir debout.

>> Par Moncef Wafi

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