Dans un entretien accordé à l’Opinion: Tebboune sans fioritures sur les dossiers de l’heure

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est confié au journal français L’Opinion, abordant des sujets brûlants tels que les relations avec la France, le conflit au Sahara occidental, la normalisation avec Israël, ainsi que les réformes politiques et économiques en Algérie.
Interrogé sur son avenir politique, le Chef de l’Etat a affirmé qu’il ne comptait pas s’éterniser au pouvoir, réitérant son engagement à respecter la Constitution, qui limite à deux mandats présidentiels. « Mon objectif est de laisser un héritage durable, avec des infrastructures modernes, de grands chantiers et une réforme du système politique », a-t-il déclaré, soulignant les difficultés qu’a traversées le pays, entre la décennie noire, la fin du mandat de Bouteflika et le Hirak.
Le Président a également annoncé son intention de réformer la loi sur les partis politiques, le système électoral et les codes régissant les communes et les wilayas. Dans ce cadre, il a souligné la nécessité de renforcer l’économie locale en créant une banque des collectivités locales.
Sur le dossier franco-algérien, il a regretté un climat délétère, notamment en raison de déclarations hostiles de certains responsables français, comme Éric Ciotti et Jordan Bardella. « Nous avions de grands espoirs de tourner la page du contentieux mémoriel avec Emmanuel Macron. Une commission mixte a même été créée pour écrire l’histoire de manière objective, mais les tensions persistent », a-t-il affirmé. Il a rappelé que les relations politiques entre Alger et Paris sont quasi interrompues, en dehors des échanges commerciaux. Il a également mis en garde contre l’influence des médias appartenant à Vincent Bolloré, qui, selon lui, « s’emploient quotidiennement à nuire à l’image de l’Algérie ».
Le président de la République a, par ailleurs, réaffirmé l’exigence d’une reconnaissance claire des essais nucléaires français dans le sud algérien et de leur décontamination. « Ce dossier est indispensable sur les plans humain, moral, politique et militaire. Nous exigeons que la France révèle précisément les sites d’enfouissement des déchets nucléaires », a-t-il insisté, évoquant également l’usage d’armes chimiques à Oued Namous.
Le dossier des essais nucléaires
Il a souligné l’urgence de régler ces contentieux historiques, rappelant que dès les années 1970, des éleveurs signalèrent des anomalies inquiétantes dans la région de Béchar, où il avait débuté sa carrière de fonctionnaire.
Le Président Tebboune a également critiqué la position française sur le Sahara occidental, qualifiant d’erreur grave l’attitude de Macron sur ce dossier. Quant aux relations avec Tel Aviv, il a indiqué que « l’Algérie serait prête à rétablir des relations avec Israël le jour où un État palestinien verra le jour ».
A ce propos, il a affirmé que la seule préoccupation de l’Algérie est l’établissement d’un État palestinien, en rappelant que « les présidents Chadli et Bouteflika, que Dieu ait leurs âmes, avaient déjà expliqué qu’ils n’avaient aucun problème avec l’entité sioniste ». Il a également souligné que l’Algérie a réussi à faire reconnaître la Palestine par 143 États membres de l’ONU comme membre à part entière.
Concernant la Syrie, le président de la République a rappelé avoir cherché, lors du sommet de la Ligue arabe à Alger en 2022, à réintégrer la Syrie au sein de l’organisation. Il a ajouté que « seuls deux pays s’y sont opposés, tandis que le président Bachar al-Assad a été invité au sommet suivant à Riyad. Il n’y a pas toujours de solidarité dans le monde oriental. Quant à nous, nous parlions avec l’ancien président syrien, mais nous étions fermes avec lui, et nous n’avons jamais accepté les massacres commis contre son peuple. »
En réponse à une question sur la position de l’Algérie concernant le conflit entre la Russie et l’Ukraine, le président a fait référence au « deux poids, deux mesures » pratiqué par certains pays.
Il a noté que « l’Algérie est claire, et il est difficile pour elle de comprendre le deux poids, deux mesures », se demandant avec étonnement : « L’intervention en Ukraine est condamnée, alors que le silence est de mise concernant l’annexion du Golan et du Sahara occidental ? ».
M. Tebboune a révélé : « Lorsque j’ai rendu visite à Vladimir Poutine en Russie en juin 2023, Emmanuel Macron m’a demandé de voir si je pouvais faire quelque chose pour la paix. Le président russe m’a également donné son feu vert. Il était prêt à dialoguer, mais Volodymyr Zelensky n’a pas répondu. »
Le Mali, la Tunisie, la Chine et les USA
Concernant la situation dans la région du Sahel, le chef de l’État a déploré que « les pays du Sahel, à l’instar de nombreux autres pays africains, n’ont pas réussi à construire des institutions solides et plus résistantes ».
Quant au Mali, il a indiqué que l’Algérie était en train de mettre en place un plan de développement dans le nord du pays, avec un financement « atteignant des centaines de millions de dollars ». Il a ajouté que l’Algérie était disposée à réunir les signataires de l’accord de paix et de réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, auquel Bamako a mis fin l’année dernière, soulignant que « l’Algérie ne cherche pas à placer le Mali sous sa tutelle, car nous le considérons comme un pays frère, et nous lui tendrons toujours la main ».
Par ailleurs, le président de la République a exprimé son soutien à son homologue tunisien, Kaïs Saïed, « qui a repris les choses en main en rétablissant le régime présidentiel que la Tunisie connaissait depuis son indépendance ». Il a ajouté : « La Tunisie n’a pas de problèmes majeurs, si ce n’est les dettes et une faible croissance, et nous l’aidons autant que nous le pouvons car c’est un voisin précieux qui a subi les affres des bombardements coloniaux pour avoir soutenu la guerre de libération algérienne », affirmant qu’il s’agit d’un pays « qui mérite d’être soutenu afin de surmonter cette période difficile ».
Abordant les relations avec la Chine, le président de la République a déclaré : « Nous sommes liés par une amitié profonde qui remonte loin dans l’histoire ».
Concernant les relations algéro-italiennes, il a souligné qu' »à l’inverse de l’extrême droite française, nous entretenons d’excellentes relations avec l’extrême droite italienne, d’autant plus que nous n’avons aucun différend, que ce soit lié à la mémoire ou autre, car l’Italie a toujours été un partenaire extrêmement fiable ».
Quant aux relations avec les États-Unis d’Amérique, le président de la République a estimé qu’elles « sont restées bonnes avec tous les présidents américains, qu’ils soient démocrates ou républicains », rappelant que « lors de mon élection en 2019, (Donald Trump) m’a envoyé un message de félicitations quelques heures après l’annonce des résultats, alors que le président (français) Macron a mis quatre jours pour dire qu’il avait +pris acte+ de mon élection. Et nous n’oublierons jamais que ce sont les États-Unis qui ont porté la question algérienne devant les Nations unies ».
T. Feriel
