Vers une école nationale d’Histoire; L’appel d’Amazit Boukhalfa
L’historien Amazit Boukhalfa, invité de l’émission « L’Invité du jour » sur la Radio algérienne, a lancé, ce mardi, un vibrant plaidoyer en faveur de la création d’une école algérienne d’histoire, qui serait continuellement enrichie par l’ensemble des acteurs de la recherche et de la mémoire nationale.
Selon lui, « pour écrire notre roman algérien, il faut des archives », soulignant ainsi l’urgence de restituer les documents historiques dont la majorité se trouve actuellement en possession des Français.
« Il est impératif de reconstruire notre histoire avec des données précises, transmises au compte-gouttes pour l’instant », déplore-t-il. L’historien insiste sur le fait que, bien que nous partagions une histoire commune, cette histoire est vécue différemment par chacun, ce qui rappelle que « l’on ne vit pas l’histoire derrière une crosse d’un fusil, mais en la comprenant dans toute sa complexité ».
Par ailleurs, Boukhalfa appelle à dépolitiser le travail mémoriel. « L’histoire ne doit pas être otage de la politique », affirme-t-il, invitant à un retour aux sources, notamment à l’ère des premiers bateaux ayant transporté nos archives en 1958, et à réclamer le retour de l’immense patrimoine culturel illégalement transféré en France.
Pour l’historien, la colonisation française a laissé derrière elle non seulement une spoliation matérielle mais aussi un lourd tribut moral et culturel. Il rappelle que la France a perpétré, dès 1960, l’une des pires atrocités de son ère coloniale en Algérie, marquée par l’usage d’armes interdites, la répression brutale et le déplacement forcé des populations, dans une logique génocidaire visant à remplacer la population autochtone.
« Les clichés de bédouins et d’arriérés tissés par certains chroniqueurs masquent la réalité d’une intention délibérée de réprimer, de tuer et de vandaliser », déclare-t-il, rappelant que l’histoire du colonialisme français se nourrit d’une violence systématique, de l’usage d’armes chimiques à Laghouat en 1852 aux enfumades de 1845.
Ch.G
