Ce que j’en pense: Mémoire en péril

Par O.A Nadir

Il fut un temps où Oran se racontait à travers ses ruelles pavées, ses balcons ouvragés et ses façades rongées par le sel marin. Une époque où chaque pierre murmurait une histoire, où chaque impasse abritait une légende. Mais aujourd’hui, la ville change de visage. Les vieilles bâtisses s’effondrent sous le poids de l’oubli, englouties par la modernité indifférente et les appétits voraces de la spéculation immobilière.
Prenez Sidi El Houari, ce quartier fondateur, où Oran posa ses premières pierres. Jadis, il était le cœur battant de la ville, un labyrinthe d’escaliers sinueux et de patios ombragés, un musée à ciel ouvert où se mêlaient les héritages arabe, andalou, ottoman et colonial. Aujourd’hui, que reste-t-il ? Des maisons éventrées, des murs lépreux, des arches autrefois majestueuses désormais croulantes sous l’abandon. Le passé s’effrite, se fissure, s’effondre, pendant que l’indifférence se dresse comme un silence gêné.
Certains diront que c’est la marche du progrès, que la ville doit évoluer. Mais quelle est cette évolution qui oublie ses racines ? Quelle modernité prétend bâtir l’avenir en effaçant la mémoire ? À force de laisser les vieilles pierres mourir, Oran risque de devenir une cité sans âme, un décor sans histoire, une carte postale délavée où plus rien ne chuchote le passé.
Et pourtant, il suffirait de peu. De l’entretien, de la volonté, d’un souffle d’amour pour ces rues qui ont vu tant de générations passer. Des villes comme Alger ou Tlemcen ont su préserver leur patrimoine, pourquoi pas Oran ? La sauvegarde de Sidi El Houari et des vieux quartiers ne devrait pas être un luxe, mais une nécessité, un devoir envers ceux qui ont bâti cette ville, un serment à ceux qui y vivront demain.
Oran, belle et rebelle, mérite mieux que l’oubli. Mais le temps presse, et chaque bâtiment qui s’effondre est un pan d’histoire qui disparaît à jamais. Alors, combien de temps encore avant que Sidi El Houari ne devienne qu’un nom sur une plaque rouillée, une mémoire effacée sous le béton et l’oubli ?

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