Biologie médicale en Algérie: Les limites d’un «flou» juridique

Une journée d’étude consacrée à la réglementation et à la pratique de la biologie médicale a été organisée conjointement par le Syndicat National des Laboratoires d’Analyse Médicale (Salem) et l’Association des Laboratoires d’Analyse Médicale (Alam).Cette rencontre a rassemblé des experts du domaine pour alerter sur les dysfonctionnements constatés et proposer des solutions adaptées.
Avec plus de 70 % des diagnostics médicaux reposant sur les analyses biologiques, cette discipline constitue un pilier fondamental du parcours de soins du patient. Pourtant, son exercice souffre d’une réglementation floue, ouvrant la porte à des pratiques qui mettent en péril la santé des patients et l’avenir de la profession.
Dans son intervention, Ali Bendjamaa, président du Salem, a pointé du doigt la pratique des analyses médicales par des personnes non formés en biologie médicale. Selon lui, certains pharmaciens d’officine, hématologues, endocrinologues et même des salles de soins réalisent des analyses. Malgré des avancés réglementaires théoriques, aucun progrès n’a été constaté dans la pratique quotidienne.
« Nous avons soulevé le problème de ce vide juridique et formulé des propositions, mais jusqu’à présent, celles-ci n’ont pas trouvé d’écho », regrette-t-il.
Un autre point crucial abordé est celui de la nomenclature tarifaire des analyses médicales, inchangée depuis les années 1970, rendant obsolètes les modalités de remboursement par les caisses de sécurité sociale. M. Bendjamaa a conclu son intervention en insistant sur l’importance de faire respecter les normes et de privilégier le dialogue avec les autorités sanitaires.
Le Pr Issam Frigaa, chef du Centre d’hémobiologie et de transfusion sanguine au CHU Mustapha, a mis, pour sa part, en lumière la sensibilité extrême de la biologie médicale dans le processus de prise en charge des patients, que ce soit pour le diagnostic, le traitement ou la prévention. Il pense qu’une réglementation stricte et un cadre organisationnel clair sont indispensables pour garantir la qualité et la fiabilité des analyses médicales. Il a également insisté sur le manque d’approvisionnement en réactifs, un problème qui impacte directement la fiabilité des diagnostics.
Les erreurs dans la réalisation des analyses médicales peuvent être dramatiques. Le Pr Frigaa a évoqué des cas d’accidents liés aux antivitamines K, dus à l’utilisation de réactifs défectueux ou à une mauvaise interprétation des résultats. « Nous sommes amenés quotidiennement à corriger des diagnostics faussés par ce type d’erreurs ».
Les professionnels du secteur réclament donc une réglementation stricte, garantissant que seuls les biologistes médicaux diplômés puissent exercer et interpréter les analyses. Ils demandent également une mise à jour de la nomenclature tarifaire, ainsi qu’un renforcement des contrôles pour lutter contre la pratique illégale.
T. Feriel

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