Mascara : Rencontre nationale sur la linguistique
Une rencontre nationale sur la linguistique s’est tenue, hier, à la bibliothèque centrale de l’université de Mascara. L’événement a réuni un grand nombre de docteurs et chercheurs en linguistique, dont le Dr Salah Belaid, président du Centre national de recherche des langues.
Le thème principal abordé était la linguistique judiciaire, ou (forensic linguistics), qui consiste à appliquer les connaissances linguistiques pour résoudre des problématiques liées à la justice, au droit et à la criminalité. À l’ère de l’intelligence artificielle (IA), les applications de cette discipline sont profondément transformées et enrichies, tout en soulevant de nouveaux défis. La linguistique judiciaire se concentre traditionnellement sur l’analyse du langage dans différents types de preuves, qu’il s’agisse de textes écrits, d’enregistrements ou de communications numériques, afin de répondre à des questions légales.
L’identification de l’auteur, par exemple, repose sur la stylométrie, qui permet de déterminer si un individu est l’auteur d’un texte, qu’il s’agisse de notes de rançon, de menaces ou de messages anonymes, en analysant son style d’écriture particulier, comme l’usage de la ponctuation, la longueur des phrases ou le vocabulaire. Les modèles de langage de grande taille (LLMs) et les techniques d’apprentissage automatique permettent aujourd’hui de traiter et d’analyser des volumes massifs de textes beaucoup plus rapidement que les méthodes manuelles, améliorant ainsi la précision et l’efficacité de la stylométrie.
L’analyse du discours et des menaces constitue un autre domaine majeur de la linguistique judiciaire. Elle permet d’évaluer la nature exacte d’un message, qu’il s’agisse d’une menace réelle, d’une intention ou d’un contenu sémantique, notamment dans le cadre des cybermenaces ou des discours de haine. Les algorithmes de traitement automatique du langage naturel (TALN) facilitent l’identification et la classification rapide des schémas linguistiques associés à ces menaces ou intentions.
À l’ère de l’IA, la linguistique judiciaire étend son champ d’action face aux technologies modernes capables de générer des contenus textuels ou vocaux indiscernables de la production humaine. Elle développe des méthodes innovantes pour répondre aux besoins de la justice et traiter les défis posés par la multiplication des données numériques, qu’il s’agisse d’e-mails, de chats ou de publications sur les réseaux sociaux. L’intelligence artificielle permet notamment une recherche sémantique avancée pour filtrer efficacement des millions de documents et ne retenir que ceux pertinents pour une enquête.
Enfin, la linguistique judiciaire joue un rôle clé dans la traduction juridique, en post-éditant et en validant les textes traduits afin d’assurer l’équivalence de sens et la sécurité juridique. Cette démarche garantit que les documents conservent la même valeur normative dans toutes les langues et renforcent la fiabilité des preuves dans les procédures légales.
B. Zouheir
