Le 8 mars en Algérie: Les errements de la « bonne fête »

Même si je ne souscris pas au combat lié aux réactions émotionnelles autour du désir d’émancipation des femmes, il conviendrait de préciser que le fait de mettre en avant la Journée de la lutte des droits des femmes est important pour éviter des raccourcis infantilisants.
La psyché humaine, lors de la journée du 8 mars, doit se conscientiser davantage afin de lutter contre « les temps sombres ». La structure psychique du combat de décolonisation, pour reprendre les termes de Simone de Beauvoir, s’enlise dans la passivité et la promotion d’une « bonne fête », devenant ainsi monotone. Cette entreprise de subjectivation de la lutte et d’affirmation de soi est souvent entravée par une litanie obsédante de terminologies creuses.
La célébration aseptisée de cette journée ne peut être, à notre insu, qu’une attaque vulgaire contre une revendication de la lutte, qui peine à se frayer un chemin devant le paysage apocalyptique qui d’un côté « l’ignorance sacrée » et d’un autre, « le fanatisme du marché », ce dernier assujettit la puissance d’agir à une mythologie consumériste.
L’exemple stéréotypé de la « bonne fête » équivaut à un certain refoulement de l’enjeu du combat. Cela pousse chacun à se questionner : à quoi vais-je me soumettre pour m’insoumettre à la fin ?
Il est essentiel de renverser la naturalisation des rapports sociaux. La formulation normative de « la bonne fête des femmes » s’avère être une défectuation socialement produite sur une construction psychique refoulante de la féminité.
Pour subjectiver l’inconscient de lutte, il est nécessaire de pointer les injonctions sociales qui démontrent le parfait alibi du symptôme de la desubjectivation.
Le caractère coercitif et répressif des rapports sociaux ne peut pas perdre de vue l’émancipation. Il est crucial de considérer le désir comme étant « la persévération dans l’acte », un par un, en affichant cette singularité plurielle.
La question clinique du refoulement de la féminité n’est pas encore résolue, car le féminin n’est pas une exclusivité des femmes.
Toute personne demeure atomisée par une structure mentale inhibitrice qui favorise le recours à un discours infantilisant, renforçant ainsi la sécurité narcissique.
Nous pouvons affirmer que le choix de la lutte et le combat pour un devenir émancipateur ne doivent pas être basés sur des préférences affectives. Pour faire advenir une dynamique conflictuelle, il ne s’agit pas d’égratigner une idéologie par une autre, car cela rend l’enjeu du combat obsolète.
La clinique de la féminité ne doit pas être une plaintive qui se morfond dans des réactions émotionnelles ; elle doit disposer de concepts articulés pour penser l’impensé du sujet, ce qui nous permet de nous libérer des illusions ontologiques qui demandent de rationaliser la question des rapports entre hommes et femmes dans une société « entrouverte » comme l’Algérie, selon leurs propres états d’âme, ce qui est une forme d’inertie mentale.
La phrase de Marx est évocatrice : « Regardez le rapport homme-femme, vous allez connaître la société. »Enfin, face à la thérapeutique de la subjectivité qui ne lâche pas le combat, je reprends à grand frais la question émancipatrice de Freud : que veut la femme ?Cette question favorise la mise en exergue de l’invention de soi dans un environnement complexe
Adnan Hadj Mouri

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