Sécurité hydrique: Les robinets de la mer

En inaugurant l’usine de dessalement de l’eau de mer de Cap Djinet 2 à Boumerdes, la quatrième du genre en un peu plus d’un mois, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ouvrait grand la voie au renforcement de la sécurité hydrique nationale.
En effet, la stratégie de l’Algérie dans ce domaine vise à conforter sa sécurité hydrique, tout en maîtrisant les technologies et équipements de dessalement, dans une optique d’atteindre une autonomie technologique dans ce secteur, a indiqué le ministre d’Etat, ministre de l’Energie, des Mines et des Energies Renouvelables, Mohamed Arkab.
S’exprimant dans un entretien accordé à la revue « El Djeich » du mois de mars, M. Arkab a expliqué que cette vision repose sur un objectif à long terme : « réaliser une sécurité hydrique complète » à travers « la concrétisation de la production locale de membranes d’osmose inverse ce qui contribuera à renforcer notre autonomie technologique et industrielle dans ce secteur vital ».
Ces initiatives témoignent, a-t-il également mentionné, de l’engagement de l’Etat « d’assurer une gestion durable et souveraine des ressources en eau, tout en positionnant l’Algérie comme un acteur majeur dans l’industrie du dessalement de l’eau de mer à l’échelle mondiale ».
Dans ce contexte, il a fait savoir que la filiale de Sonatrach, Algerian Energy Company (AEC), chargée de superviser les projets de dessalement, « a initié des discussions avec des leaders internationaux pour la fabrication locale de membranes d’osmose inverse, essentielles au processus de dessalement ». M. Arak a évoqué à ce propos des protocoles d’entente qui ont été signés avec des partenaires internationaux, tels que l’allemand Port Energy Logistic (PEL) GmbH, permettant selon lui « de réduire la dépendance aux importations et stimulant l’industrie nationale ».
La stratégie vise également à intégrer davantage les énergies renouvelables dans le processus de dessalement, à exploiter la saumure issue du dessalement, pour l’industrie minière comme le lithium, élément essentiel à la production de batteries. Elle comprend aussi l’intégration des technologies avancées, telles que la production d’hydrogène vert à partir des stations de dessalement, contribuant ainsi à la transition énergétique du pays, selon le ministre d’Etat.
Concrètement, l’AEC prévoit dans ce cadre d’intégrer l’énergie solaire dans les opérations de production des stations de dessalement, avec un objectif de 30% d’utilisation, dans l’objectif de réduire les coûts énergétiques et l’empreinte carbone des installations.
Avec les cinq nouvelles usines de dessalement (dont quatre sont déjà entrées en service), M. Arkab a fait savoir que le nombre total de stations de dessalement en Algérie à 24, augmentant, selon lui, « significativement la capacité de production d’eau potable qui sera de 3,7 millions m3/jour, soit 42% de la demande nationale ».
Six nouvelles stations programmées
« L’Algérie a réalisé des progrès significatifs dans le domaine du dessalement de l’eau de mer avec la mise en œuvre de projets à grande échelle, achevés dans des délais remarquables », a-t-il relevé, en mentionnant que « c’est pour la première fois de son histoire que l’Algérie réalise ces projets 100% algériens ».
A ce titre, il a cité les entreprises algériennes réalisatrices de ces stations, notamment GCB, filiale du groupe Sonatrach, pour le projet d’Oran, la GTP, filiale aussi du groupe Sonatrach, pour le projet de Boumerdès, Cosider via sa filiale Cosider Canalisation pour le projet de Tipaza, Enac pour le projet de Béjaïa et qui est aussi filiale du groupe Sonatrach et enfin Sarpi, une autre filiale du groupe Sonatrach pour le projet d’El Tarf.
Par ailleurs, l’expert économique, Dr Abdelkader Safi, a affirmé, hier, que ces projets adoptés par l’Algérie pour faire face à la rareté des ressources en eau douce causée par les changements climatiques et la baisse des précipitations sont devenus une nécessité urgente. Selon lui, ces projets sont essentiels pour répondre à la demande croissante des citoyens et soutenir la croissance économique du pays, notamment dans les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
Intervenant dans l’émission « L’Invité du matin » sur la Chaîne I de la Radio nationale, Dr Safi a révélé que les besoins en eau du pays devraient atteindre 33,5 milliards de mètres cubes d’ici 2025. Il a expliqué que l’investissement dans la technologie de dessalement constitue une solution durable à la crise de l’eau potable et de l’irrigation, malgré le coût élevé de réalisation de telles infrastructures dans les 14 wilayas côtières concernées.
Lui aussi, a souligné que cette politique est un facteur clé pour renforcer la sécurité hydrique nationale et réduire les risques liés à la pénurie d’eau, considérée comme un pilier de la souveraineté nationale. Il a ajouté que cette initiative s’inscrit dans une vision globale visant à assurer l’autosuffisance dans les domaines de la sécurité alimentaire et de la production pharmaceutique.
« L’abondance d’eau va dynamiser les activités économiques, industrielles et agricoles dans les wilayas concernées, ce qui augmentera le rythme de la croissance économique et incitera les citoyens à s’y établir durablement. »
L’expert a indiqué que les 24 stations de dessalement actuellement en activité à travers le territoire national constituent une réalisation majeure pour la sécurité nationale. Il a précisé que ces projets contribuent à la protection des ressources en eau face aux menaces extérieures, dans un contexte mondial marqué par des tensions croissantes autour du partage des ressources hydriques, parfois à l’origine de conflits.
« L’Algérie a pris conscience de l’importance stratégique de l’eau au cours de la dernière décennie. Cela s’est traduit par l’inscription de plusieurs projets d’urgence de dessalement dans le cadre du plan quinquennal 2015-2019, pour faire face à la sécheresse et à la pression démographique croissante. »
Halte au gaspillage d’eau
Dr Safi a aussi mis en avant le rôle stratégique des techniciens et ingénieurs algériens dans la réalisation de ces projets. Il a rappelé que trois stations de dessalement ont été construites en moins de deux ans grâce aux compétences locales. Il a appelé à la généralisation de ce modèle dans d’autres secteurs économiques, en particulier l’industrie.
L’expert a également souligné que cette expertise pourrait servir de base d’exportation vers les pays voisins, à l’instar des réalisations de Sonatrach et Sonelgaz dans les secteurs du gaz et de l’électricité. Il a recommandé de renforcer la formation dans les domaines scientifiques et technologiques pour permettre aux cadres du secteur de maîtriser les techniques de gestion et la maintenance des infrastructures.
En parallèle, il a insisté sur la nécessité de développer une culture de consommation responsable de l’eau auprès des citoyens. Il a appelé à lutter contre le gaspillage et à renforcer la lutte contre les fuites d’eau à travers un programme de maintenance et de réparation rapide des infrastructures.
« Il est peut-être temps de renforcer les mesures de dissuasion en matière de gaspillage. Une révision des lois existantes pourrait s’imposer pour garantir une gestion efficace de cette ressource précieuse. »
De son côté, Belaid Mezerkat, directeur central au ministère de l’Hydraulique a affirmé que « pour faire face au stress hydrique auquel est confrontée l’Algérie, à l’instar des autres pays du bassin méditerranéen, le dessalement de l’eau de mer est la solution pérenne ». Lors de son intervention, hier, dans l’émission L’invité du jour sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, M. Mezerkat a indiqué que l’eau issue des stations de dessalement couvre actuellement 20 % de la consommation nationale. Avec la mise en service des cinq nouvelles stations lancées par le président de la République et réalisées dans des délais record, cette contribution passera à 42 %.
Dans ce cadre, le représentant du ministère de l’Hydraulique a précisé que six nouvelles stations de dessalement, d’une capacité totale de 1,8 million de m³ par jour, seront réalisées dans les wilayas de Tlemcen, Mostaganem, Chlef, Tizi-Ouzou, Jijel et Skikda.
« Les études sont bien avancées et la première tranche de ces projets phares est déjà inscrite », a-t-il souligné, ajoutant qu’avec la réception de ces nouvelles stations, les besoins nationaux en eau seront couverts à plus de 60 % par l’eau dessalée, soit un total de 5,5 millions de m³ par jour.
Interrogé sur les eaux superficielles, M. Mezerkat a précisé que le taux national de remplissage des barrages est actuellement de 39 %, soit un volume total de 3 milliards de m³. Ces réserves permettront, selon lui, de « passer sereinement la prochaine saison estivale ».
Cependant, il a souligné que ce taux global « appréciable » n’est pas réparti de manière homogène sur l’ensemble du territoire. En effet, les récentes précipitations ont favorisé principalement les régions de l’Est du pays.
« Le taux de remplissage des barrages dans l’Est dépasse les 56 %, tandis que ceux du Centre ne sont remplis qu’à hauteur de 23 %, et ceux de la région du Cheliff ne sont qu’à 14 % », a précisé M. Mezerkat. Pour faire face à ces disparités régionales, l’invité de la Chaîne 3 a assuré que la mise en service des nouvelles stations de dessalement garantira une alimentation en eau potable régulière et continue pour les citoyens.
T. Feriel
