31e anniversaire de l’assassinat du dramaturge : Le TRO rend hommage à Abdelkader Alloula

Le Théâtre Régional d’Oran a accueilli, lundi soir, une conférence en hommage au grand dramaturge Abdelkader Alloula. L’événement, qui a réuni une quarantaine de personnes, dont ses amis, a été marqué par la présence de sa femme Raja, venue honorer la mémoire de son époux.
La soirée a débuté par une intervention de Mourad Senouci, directeur du TRO, qui a souligné l’importance de préserver l’héritage d’Alloula. «Son théâtre est un trésor national, une source inépuisable d’inspiration pour les générations actuelles et futures», a-t-il déclaré devant un public attentif.
Quatre spécialistes du théâtre ont animé cette conférence : Dr. Benamar Azouz, Dr. Brahimi Smail, Dr. Boukhalfa Habib et Hamou Abdelkrim.
Tous ont salué le génie d’Alloula, son engagement pour un théâtre populaire et accessible, et son rôle majeur dans la scène culturelle algérienne. «Il a donné une voix aux sans-voix, transformant le théâtre en un espace de réflexion sociale», a estimé Dr. Boukhalfa Hbib.
Dr. Brahimi Smail, quant à lui, a insisté sur l’importance du langage chez Alloula : «Son utilisation du dialecte algérien n’était pas un simple choix linguistique, Il voulait que le peuple se reconnaisse dans ses pièces et s’approprie son théâtre».
Pour Dr. Benamar Azouz, l’impact d’Alloula dépasse le cadre théâtral : «Son travail est une leçon d’humanité et de lucidité sur la société algérienne. Son regard critique et satirique reste d’une actualité frappante»
De son côté, Hamou Abdelkrim a rappelé l’énorme contribution d’Alloula à la formation des jeunes artistes : «Il ne se contentait pas d’écrire et de jouer, il formait, conseillait, inspirait. Aujourd’hui encore, de nombreux dramaturges se réclament de son influence».Parmi le public, plusieurs jeunes artistes ont tenu à exprimer leur admiration pour Abdelkader Alloula. Amine, étudiant en arts dramatiques, a confié : «Quand j’ai découvert ‘El Ajouad’, j’ai compris que le théâtre pouvait être plus qu’un divertissement. C’est un miroir de notre société, un outil puissant pour éveiller les consciences».Hind, jeune comédienne, a partagé son émotion en parlant de son premier rôle dans une pièce inspirée du travail d’Alloula : «Jouer un personnage dans l’esprit de ses œuvres m’a fait réaliser la force de son écriture. On ressent sa passion pour les petites gens, pour leur souffrance et leurs espoirs».Outre l’hommage, les débats ont porté sur l’avenir du théâtre à Oran et son impact sur les jeunes. Selon les intervenants, il est essentiel de perpétuer le message d’Alloula et d’encourager une nouvelle génération d’artistes à s’approprier cet art.
Dr. Brahimi Smail a lancé un appel : «Nous devons ramener le théâtre dans les écoles, dans les quartiers. Alloula nous a montré que le théâtre appartient au peuple, pas seulement aux scènes officielles».Né en 1939 à Ghazaouet, Abdelkader Alloula s’est imposé comme une figure incontournable du théâtre algérien. Son œuvre, profondément enracinée dans la culture populaire, est marquée par un engagement sans faille pour un théâtre accessible et porteur de sens. Ses pièces comme «El Ajouad», «El Khobza» et «Lithem» sont devenues des références, alliant critique sociale et humour cinglant.Mais son destin fut brutalement interrompu le 10 mars 1994. Victime d’un attentat terroriste à Oran, il succomba à ses blessures trois jours plus tard, le 13 mars. Son assassinat, en pleine décennie noire, fut un coup dur pour la culture algérienne, mais son héritage demeure vivant.
O.A Nadir
