La liste rouge de Retailleau : Que va faire Alger ?

Paris s’apprête à transmettre aux autorités algériennes une première liste d’Algériens à expulser de France. Trois sources gouvernementales ont indiqué jeudi à l’AFP que cette liste, comprenant « plusieurs dizaines » de noms, devait être officiellement adressée à l’Algérie très prochainement, une source évoquant « cette semaine », une autre « aujourd’hui ou demain », la troisième notant le caractère « imminent ».
« C’est une première liste », avait indiqué mercredi sur la radio RTL le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, faisant lui-même état de quelques dizaines de personnes. La liste des Algériens expulsables, en l’état, semble loin des aspirations de Beauvau qui avait initialement évoqué plusieurs centaines de personnes. Mais d’autres listes pourraient suivre.
A ce propos, Retailleau a rencontré mercredi, Macron, « en tête à tête », a indiqué à l’AFP un proche du président français. « Sur l’Algérie, on en fait beaucoup sur leurs divergences », a-t-il souligné, alors qu’ils « sont d’accord sur le principe : expulser des Algériens » sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Pour autant, le chef de l’Etat souhaite ne pas crisper davantage le pouvoir algérien sur la question migratoire, pour éviter un effet boomerang sur d’autres sujets sensibles comme le maintien des échanges en matière de renseignement anti-terroriste.
Cette liste d’actualité depuis deux semaines avait été préparée par Bruno Retailleau comprenant «plusieurs centaines» de ressortissants algériens aux «profils dangereux», dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler, en France, la stratégie de «riposte graduée».
«Nous sommes en train d’établir » cette liste a alors évoqué le ministre de l’Intérieur admettant tout de même qu’ils «n’ont pas tous la même dangerosité». Ces individus présentent un danger «parce qu’ils ont commis des troubles à l’ordre public ou parce qu’ils figurent dans notre fichier des radicalisés pour terrorisme». Un chef d’accusation galvaudé depuis 2014.
Pour rappel, le journal La Tribune a éventé la stratégie volontaire engagée par le locataire de la place Beauvau pour faire pression sur Alger. Le quotidien français a publié une note secrète du ministère de l’Intérieur revendiquant la nécessité d’engager un rapport de force avec les autorités algériennes.
Dans cette note de trois pages, censée être hautement confidentielle, les services de l’Intérieur exposent leur stratégie : restriction massive de visas, en priorité pour l’élite politique, économique et militaire du pays, contrôles renforcés des liaisons maritimes, convocation des consuls généraux algériens et la remise en cause de dossiers éminemment sensibles comme la lutte antiterroriste.
T. Feriel
