Spéculation, matières premières, climat… : La viande rouge toujours plus chère

Les prix de la viande rouge continuent de grimper, la rendant de moins en moins accessible pour de nombreux ménages. Les foyers aux revenus modestes se tournent souvent vers le poulet, faute de pouvoir suivre la hausse constante des prix. Cette inflation persistante ne s’explique pas par un seul facteur, mais par une combinaison de causes.
Selon des spécialistes du secteur agricole et commercial, le principal facteur reste le coût de l’alimentation animale. L’élevage dépend largement de matières premières comme le maïs, le soja ou l’orge. Or, ces produits sont fortement influencés par les marchés internationaux. Ainsi, même en cas de conditions climatiques favorables localement, la hausse des prix mondiaux ou des coûts de transport se répercute directement sur le coût de production. Face à cette pression, certains éleveurs réduisent leurs cheptels, ce qui entraîne une baisse de l’offre sur le marché et, mécaniquement, une hausse des prix.
Un autre facteur important est la multiplication des intermédiaires entre l’éleveur et le consommateur. Le circuit de distribution passe généralement par plusieurs étapes : éleveur, grossiste, transporteur, boucher ou grande surface. À chaque niveau, une marge est ajoutée pour couvrir les charges (énergie, salaires, logistique), ce qui augmente le prix final.
Il arrive ainsi que le prix payé au consommateur augmente alors que celui payé à l’éleveur reste stable, traduisant une inflation concentrée au niveau de la distribution.
Dans certains cas, le marché de la viande est également affecté par des pratiques spéculatives. Certains acteurs peuvent stocker ou contrôler les flux de viande afin de maintenir des prix élevés, notamment lors des périodes de forte demande comme les fêtes.
Par ailleurs, l’absence de circuits de distribution modernes et suffisamment régulés favorise des pratiques informelles, où les prix échappent à un contrôle strict.
Les conditions climatiques jouent également un rôle important. La sécheresse réduit les zones de pâturage, obligeant les éleveurs à acheter du fourrage, dont le prix peut atteindre entre 800 et 1000 DA la botte. Cette charge supplémentaire réduit fortement la rentabilité de l’élevage.
À cela s’ajoutent les enjeux sanitaires, notamment les maladies animales ou la baisse du cheptel à l’échelle nationale, qui entraînent une raréfaction de l’offre et exercent une pression supplémentaire sur les prix.
En définitive, la hausse du prix de la viande rouge résulte d’un ensemble de facteurs interdépendants: coûts de production élevés liés au marché mondial, chaîne de distribution longue, spéculation et contraintes climatiques et sanitaires. Dans ce système complexe, éleveurs comme consommateurs se retrouvent souvent pénalisés par une hausse des prix qui s’inscrit dans la durée.
B. Zouheir
