Drone armé abattu à Tin Zaouatine : Alger répond à Bamako

Suite aux récentes déclarations de la junte militaire malienne et du Conseil des chefs d’État de l’Union du Sahel (AES), l’Algérie a réagi avec fermeté, qualifiant ces accusations de «tentatives pathétiques» pour masquer l’échec des putschistes maliens.
Dans un communiqué publié, hier, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé une campagne de désinformation visant à détourner l’attention des crises politiques, économiques et sécuritaires qui ravagent le Mali depuis le coup d’État de 2020. L’origine remonte à la destruction d’un drone malien par l’Algérie le 1ᵉʳ avril 2025. Alger affirme que l’appareil a violé l’espace aérien algérien à deux reprises ce jour-là, effectuant une «trajectoire d’attaque» justifiant ainsi son interception et sa destruction. L’Algérie a publié des données radar détaillées, révélant une intrusion de 1,6 km dans son espace aérien. Alger mentionne également deux intrusions similaires en août et décembre 2024, documentées par le ministère de la Défense nationale (MDN). «Ces violations répétées constituent des manœuvres hostiles», a insisté Alger, soulignant que l’interception était une mesure de légitime défense.
«L’entrée du drone malien dans l’espace aérien algérien, son départ, puis son retour offensif ont conduit à le qualifier de manœuvre hostile explicite et directe. En conséquence, le commandement des forces de défense aérienne territoriale algériennes a ordonné qu’il soit abattu», affirme le département de Attaf.
«Les allégations désespérées du gouvernement malien concernant un lien entre l’Algérie et le terrorisme manquent tellement de sérieux qu’elles ne méritent ni attention ni réponse.
La crédibilité, l’engagement et la détermination de l’Algérie à lutter contre le terrorisme n’ont besoin ni de justification ni de preuve», a ajouté la même source. Le gouvernement algérien déplore, par ailleurs, la «partialité» du Niger et du Burkina Faso, qu’il accuse de soutenir des «arguments fragiles». Alger critique également le langage «honteux» employé à son encontre, rappelant son rôle historique dans les processus de paix régionaux, notamment via la médiation de l’Union africaine (UA).
L’ombre du Makhzen
Cette réponse rejoint les préoccupations de l’UA, qui avait salué en 2013 les efforts algériens contre les groupes comme AQMI et Daech, tout en soutenant les opérations onusiennes au Mali.
Par ailleurs, et en réponse au rappel des ambassadeurs de l’AES, l’Algérie a annoncé le retrait de ses propres représentants au Mali et au Niger, ainsi que le report de la nomination de son ambassadeur au Burkina Faso. Cette situation s’inscrit dans une conjoncture de relations dégradées depuis la rupture par le Mali de l’accord de paix d’Alger en janvier 2024, un texte clé pour la stabilisation du Nord-Mali signé en 2015. En rappelant ses ambassadeurs, l’Algérie, marque une rupture symbolique, tout en réitérant sa disponibilité pour un dialogue «fondé sur le respect mutuel».
Derrière cette affaire des drones intrusifs, des soupçons pèsent de plus en plus sur le Maroc, accusé de chercher à déstabiliser l’Algérie. Il n’est pas, en effet, exclu que ces drones soient utilisés pour l’espionnage, la collecte de renseignements ou même des opérations militaires contre l’Algérie. Rabat pourrait être à l’origine de ces opérations ce qui constitue un acte de provocation de sa part. L’hypothèse d’une implication marocaine s’appuie sur la coopération militaire entre le makhzen et Bamako, dont des unités des Fama suivent une formation intensive sur l’utilisation de drones au Maroc. En effet, et depuis plusieurs mois, le Maroc a renforcé son «partenariat» avec les pays du Sahel, dont le Mali, en fournissant une «aide» militaire incluant la formation aux drones.
L’intrusion du drone malien, qualifiée de «violation flagrante de la souveraineté nationale» par Alger, intervient dans un contexte déjà tendu. Face à ces actes gravissimes, l’Algérie a réaffirmé sa détermination à défendre son intégrité territoriale. «Aucune intrusion ne restera sans réponse», a martelé le MDN, rappelant que les unités spécialisées de l’Armée Nationale Populaire (ANP) sont en état d’alerte permanente.
Alger a modernisé ses systèmes de défense aérienne, notamment avec l’acquisition de radars haute performance, pour contrer les menaces venant du ciel.
G. Salima
