Arrestation d’un agent consulaire à Paris : Alger proteste et menace de « conséquences »

Alger a exprimé sa vive protestation à la suite de la mise en examen et du placement en détention provisoire de l’un de ses agents consulaires en poste en France, dans le cadre d’une enquête judiciaire liée à l’affaire de l’activiste controversé Amir Boukhors, dit AmirDZ.
A ce sujet, le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Lounès Magramane, a convoqué l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, samedi au siège du ministère, pour lui signifier cette protestation officielle, a indiqué un communiqué du MAE.
Selon les autorités algériennes, l’arrestation de l’agent diplomatique – intervenue en pleine voie publique sans notification préalable par les voies diplomatiques – constitue une violation manifeste des conventions internationales sur les privilèges et immunités diplomatiques, ainsi que des usages bilatéraux en vigueur entre Alger et Paris. Le ministère a dénoncé, à cet effet, une « atteinte grave à la souveraineté algérienne ».
La même source a rejeté catégoriquement les justifications avancées par le parquet antiterroriste français, qui fonde sa décision notamment sur la géolocalisation du téléphone de l’agent consulaire à proximité du domicile d’Amir Boukhors. Un argument qualifié de « vermoulu » et « farfelu » par Alger, qui y voit une manœuvre politique plus qu’une action judiciaire fondée.
En effet, ce n’est pas la première fois que la justice française est instrumentalisée à des fins politiques, n’hésitant pas à la faire intervenir dans des dossiers sensibles à l’image des relations bilatérales entre Alger et Paris. Un ministère qui se transforme en véritable levier de chantage lorsqu’il s’agit de l’utiliser comme moyen de pression contre un gouvernement étranger. L’exemple de Bouchouareb que cette même justice a refusé d’extrader malgré ses nombreuses condamnations en Algérie pour des affaires de droits de commun et au détriment des traités entre les deux pays.
L’ombre de Retailleau
L’autre exemple concerne Mahdieh Esfandiari, une ressortissante iranienne emprisonnée en France après avoir dénoncé le génocide israélien à Ghaza. Son arrestation a été dénoncée par Téhéran qui y voit une carte de pression pour libérer deux Français, appréhendés le 7 mai 2022 en Iran pour espionnage.
Et lorsqu’on connaît l’identité des deux ministres français aux manettes de la Justice et de l’Intérieur, respectivement Moussa Darmanin et Retailleau, deux figures de la droite conservatrice, on est en droit de s’interroger sur le crédit à donner aux déclarations du préfet de police de Paris Laurent Nuñez qui a affirmé à une certaine presse française qu’ »il n’y a pas d’instruction politique reçue par les effectifs de police, en l’occurrence, les miens, sous l’autorité de la justice ».
Dans un ton particulièrement ferme, la diplomatie algérienne pointe du doigt ce qu’il qualifie de «tournant judiciaire inédit » et « prémédité », survenu selon lui dans un contexte où les deux chefs d’État avaient convenu de relancer les relations bilatérales. « Cet incident prouve que certains cercles en France œuvrent à saboter cette dynamique », estime-t-on à Alger.
En effet, et alors qu’on assistait à une désescalade entre les deux capitales, initiée par le locataire de l’Elysée qui a envoyé son ministre des Affaires étrangères à Alger, porteur d’un message de « paix », cette affaire vient torpiller cette initiative devant l’intransigeance de l’Algérie face à ce qu’elle qualifie d’« empressement cynique » des autorités françaises à s’appuyer sur la figure controversée d’AmirDZ, tout en rappelant que plusieurs demandes d’extradition à son encontre sont restées lettre morte. Pour rappel, Alger a émis neuf mandats d’arrêt internationaux à son encontre, l’accusant d’escroquerie et d’infractions terroristes. En 2022, la justice française a refusé son extradition.
L’Algérie a exigé la libération immédiate de son agent consulaire et le respect strict de ses droits, conformément aux conventions internationales et accords bilatéraux. Le communiqué a conclu en affirmant que cette affaire aura « des conséquences » sur les relations algéro-françaises et que l’Algérie « assumera pleinement » la défense de son représentant. Interrogé par l’AFP, une source diplomatique, refusant de commenter « une enquête en cours » a renvoyé la balle à l’autorité judiciaire.
Saïd OUSSAD
