Dynamique urbaine du Grand Oran: Quelle stratégie pour Sidi El Houari ?

La semaine passée, à l’initiative de la wilaya d’Oran, une journée de formation a réuni des décideurs locaux (chefs de daïra, présidents d’APC et cadres administratifs) mais aussi des chercheurs universitaires et des experts en urbanisme autour de «La dynamique urbaine du Grand Oran».
Ce rendez-vous institutionnel visait à réfléchir à l’avenir d’un tissu urbain de plus en plus mis à l’épreuve par l’expansion démographique, la pression foncière et la vétusté d’un patrimoine architectural parfois laissé à l’abandon. Au cœur des discussions : le quartier historique de Sidi El Houari, théâtre d’une lente décomposition urbaine mais aussi dépositaire de la mémoire plurielle d’Oran.
Sidi El Houari, ancien noyau colonial et médiéval de la ville fait, depuis des décennies, l’objet d’alertes récurrentes sur l’état de son bâti. Façades fissurées, escaliers rongés par l’humidité, toits effondrés : ici, le décor est souvent celui d’un passé glorieux en ruines. Les interventions du wali et des experts présents ont rappelé que malgré l’enclenchement de quelques opérations de réhabilitation dans les années 1990, dont celle de l’actuel siège de l’OPGI, l’ensemble du quartier reste dramatiquement vulnérable. À cette époque, et malgré un contexte de crise sécuritaire et économique, certaines bâtisses menaçant ruine avaient pu être consolidées, offrant ainsi un modèle d’intervention «intermédiaire» à faible coût, évitant l’exode forcé de leurs occupants tout en préservant l’identité du lieu. Cependant, ces actions ponctuelles n’ont jamais fait l’objet d’une généralisation. À l’image de la restauration en cours de l’ancienne préfecture d’Oran, qui bénéficie d’un budget colossal de 900 millions de dinars (dont 150 millions pour son environnement extérieur), les opérations de réhabilitation complètes demeurent peu reproductibles. Leur coût dissuade toute approche systémique, alors même que le besoin est criant. Le paradoxe est là : plus on attend, plus les dommages deviennent irréversibles, humainement et architecturalement.
D’autres bâtiments emblématiques, comme l’ancien hôpital Baudens, sont en voie d’être réaffectés à des institutions publiques pour des projets d’utilité collective. Mais ces actions ne suffisent pas à répondre à la complexité du problème. Car le véritable défi réside dans le parc privé. Immeubles d’habitation, maisons individuelles, cours anciennes : la majorité de ce patrimoine appartient à des particuliers, parfois sans ressources pour engager la moindre restauration. Et c’est là que se joue une partie décisive de l’avenir du quartier. Lutter contre la déchéance de Sidi El Houari, ce n’est pas seulement préserver des murs ; c’est maintenir sa population sur place, éviter les relogements à répétition, et préserver l’activité économique, sociale et culturelle qui donne vie aux ruelles. «L’âme d’un quartier, ce n’est pas seulement la pierre, c’est ce qui s’y passe, ce qui s’y dit, ce qui s’y vit», a rappelé un enseignant-chercheur en urbanisme de l’Université d’Oran 1 présent à la rencontre.
Aujourd’hui, la restauration du bâti ne doit pas être pensée uniquement comme une opération esthétique ou patrimoniale, mais comme un levier de réinsertion urbaine, sociale et économique.
Les autorités locales l’ont compris, en appelant à «mutualiser les efforts» entre institutions, secteur privé et même avec les habitants eux-mêmes, à travers des dispositifs d’aide ciblés et un accompagnement juridique pour faciliter les démarches. Mais le compte à rebours est enclenché. Chaque hiver, chaque tremblement de terre mineur, chaque saison humide met en péril un peu plus l’avenir de ce pan d’Oran.
Alors que d’autres villes du bassin méditerranéen, comme Tunis ou Naples, ont su conjuguer sauvegarde patrimoniale et revitalisation urbaine, Oran a encore la possibilité d’écrire son propre scénario. À condition de le faire vite, de manière concertée, et avec l’ambition qu’une ville, aussi moderne soit-elle, ne doit jamais se construire sur les décombres de sa propre mémoire.
O.A Nadir
