Avortement clandestin mortel: Prison ferme pour trois accusés

Trois personnes impliquées dans une affaire d’avortement clandestin ayant conduit au décès d’une jeune femme ont comparu la semaine dernière devant le tribunal criminel d’Oran. À l’issue des délibérations, le principal accusé, A. Houari, un infirmier de 60 ans, a été condamné à dix ans prison ferme. Le fiancé de la victime, Z.M. Benaouda, a écopé de trois ans de prison ferme, dont 18 mois avec sursis, tandis que N. Hadjira, amie de la défunte, a été condamnée à quatre ans de prison ferme.
Les faits remontent au 6 juin 2023, date à laquelle le service des urgences de l’EHU a établi un rapport de décès suite à l’admission, la veille, d’une jeune femme prénommée Ikram, dans un état très critique. Les premières constatations médicales ont révélé une grave hémorragie consécutive à un avortement provoqué.
Alertés, les services de police ont rapidement ouvert une enquête qui a permis d’identifier les personnes impliquées, notamment l’infirmier. Selon les déclarations recueillies au cours de l’instruction, la victime était fiancée et avait contracté un mariage religieux avec son compagnon. Tombée enceinte, elle aurait décidé de se faire avorter, redoutant les commérages de l’entourage.
Un appartement situé dans le quartier d’El Akid a été loué pour l’intervention. C’est là que Hadjira, contactée par la victime, aurait fait appel à l’infirmier. «Elle m’a dit qu’elle était malade et avait besoin de soins urgents», a-t-elle déclaré durant l’enquête. L’infirmier, arrivé sur les lieux, aurait alors administré un médicament destiné à provoquer l’avortement après avoir perfusé la jeune femme. Mais son état de santé s’est rapidement détérioré.
Selon les éléments présentés, l’infirmier aurait demandé au fiancé de la victime de l’évacuer vers l’hôpital, mais cette prise en charge aurait trop tardé. À son arrivée à l’hôpital, la jeune femme avait perdu trop de sang, et les médecins n’ont rien pu faire pour la sauver.
A la barre, l’infirmier a nié avoir provoqué l’avortement. «Quand je suis arrivé, elle était déjà très affaiblie. Je l’ai simplement perfusée pour lui administrer des vitamines, puis j’ai vu qu’elle saignait. J’ai pris peur et j’ai demandé qu’on l’évacue», a-t-il déclaré.
Le fiancé, quant à lui, a reconnu avoir acheté trois comprimés utilisés en gynécologie pour provoquer l’avortement, pour la somme de 10.000 DA chacun. Il affirme également avoir remis 35.000 DA à l’infirmier pour son déplacement. Interrogé par le magistrat sur le recours à un avortement alors que la jeune femme était légalement son épouse religieuse, le fiancé a répondu : «C’est elle qui l’a demandé, elle avait peur, alors j’ai accepté».
De son côté, Hadjira a déclaré ne pas être au courant de la grossesse de son amie, affirmant qu’elle s’était simplement contentée de contacter un infirmier à sa demande.
Le représentant du ministère public a 15 ans de réclusion criminelle à l’encontre des trois accusés. La défense de l’infirmier a plaidé la non-culpabilité, soutenant qu’aucune preuve matérielle ne prouvait son implication directe. Les avocats du fiancé ont, quant à eux, plaidé les circonstances atténuantes alors que la défense de N. Hadjira a demandé l’acquittement.
Zemmouri L.

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