Violences dans les stades : Vers une fin de saison apaisée ?

Depuis des décennies, la violence dans les stades algériens s’impose comme un phénomène récurrent alors que les autorités multiplient les mesures visant à endiguer un fléau profond, révélateur d’un mal qui ronge le football national et partant la société. Quelles sont les racines de cette violence, ses conséquences et les pistes pour y remédier ?

Les stades sont devenus un espace où l’effet de groupe et la consommation de drogues exacerbent les comportements violents. Quels sont les facteurs qui ont favorisé l’émergence d’une culture de la violence, où « tout est violent » ? Échauffourées, jets de projectiles, attaques à l’arme blanche…les stades, souvent surchargés et mal organisés, deviennent des lieux de confrontation. Le manque de professionnalisme dans la gestion des rencontres footballistiques alimente les tensions et crée un terreau propice à la violence. Les stades reflètent ainsi la détresse d’un sport qui a besoin d’une gestion plus responsable de la part des dirigeants de clubs.
Le président de la Fédération algérienne de Football (FAF), Walid Sadi est ainsi monté au créneau en réunissant, lundi dernier, les arbitres d’élite ainsi que les membres de la Commission fédérale d’arbitrage (CFA) pour « sensibiliser » aux enjeux de cette phase décisive de la saison. Tout en réaffirmant la confiance de la Fédé en leur professionnalisme et leur engagement, Sadi a demandé aux arbitres de veiller à ce que tout se déroule dans la régularité afin d’éviter d’autres tensions jusqu’à la fin du championnat. Il a aussi appelé à l’accompagnement des hommes en noir à l’approche d’une fin de saison où les enjeux sportifs sont très importants.
Après cette réunion, le président de la FAF a aussi convoqué, en urgence, ce mardi, l’ensemble des présidents des clubs de la ligue professionnelle, les responsabilisant « pour garantir le bon déroulement de la compétition dans le respect des règles et des valeurs du sport ». La Fédé a réitéré son engagement total en faveur de l’éthique sportive et du fair-play, et appelle à l’unité, à la retenue et à en sens élevé des responsabilités de la part de tous les intervenants. Ainsi, une commission d’enquête a aussi été mise en place par l’instance fédérale alors que des milliers de policiers seront mobilisés pour les matches sensibles, tandis que des commissions étudient les causes des violences pour aboutir à des résultats tangibles.

Prendre exemple sur les autres

M. Sadi a exhorté les responsables de clubs à bannir les discours haineux et à veiller au bon déroulement des matchs dans un esprit de fair-play, de sérénité et dans le respect des règles. Les présidents de clubs ont, de leurs côtés, proposé d’interdire le déplacement des supporters lors des sept journées restantes du championnat de la Ligue 1.
Le secrétaire général de la FAF, Nadir Bouzned, a affirmé que les présidents de clubs ont proposé la limitation des déplacements des supporters pour le reste de la saison, soulignant que cette proposition va être à l’ordre du jour du Bureau fédéral qui en débattra, le 30 avril. Pour sa part, Amine Mesloug, président de la LFP, a souligné à l’issue de cette réunion que « l’utilisation de l’assistance vidéo à l’arbitrage(VAR) sera généralisée dans tous les stades du championnat de Ligue 1 Mobilis à partir de la saison prochaine, en étroite collaboration avec la Télévision nationale ». Blessures graves, traumatismes psychologiques pour les joueurs et spectateurs, dégradations massives d’infrastructures rénovées…
Le foot algérien risque un isolement similaire à celui de l’Angleterre dans les années 1980, après le drame de Hillsborough (96 morts en 1989). Les clubs écopent d’amendes, de matches à huis clos, ou de réparations financières, mais ces mesures restent à améliorer face à un fléau alarmant. Après Hillsborough, le Royaume-Uni a adopté la loi Taylor : stades entièrement assis, caméras de surveillance, et suppression des grillages. L’Algérie pourrait moderniser davantage ses infrastructures et améliorer la gestion des flux. L’Allemagne a associé sanctions strictes et programmes éducatifs pour les jeunes supporters. En Algérie, des ateliers sur le fair-play et l’intégration socio-économique des jeunes sont essentiels. Les clubs doivent aussi être tenus légalement responsables des actes de leurs supporters, avec des sanctions sportives (déductions de points) en cas de récidive. D’autres voix réclament l’interdiction des émissions de télévision qui attisent les tensions, comme l’a fait l’ANIRA en suspendant des programmes qui ont transgressé les lois. Ainsi, les violences dans les stades sont un défi multidimensionnel. L’espoir réside dans une approche holistique, mêlant prévention, rigueur et dialogue.
G. Salima

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