Lutte contre le cancer pédiatrique : Le cri d’alerte d’une spécialiste

Présente ce mardi à l’émission « L’invité de la matinale » sur la Chaîne 2 de la Radio nationale, la professeur Fatiha Gachi, oncologue pédiatrique et cheffe du centre de lutte contre le cancer pédiatrique du CHU Lamine Debaghine (Bab El Oued), a souligné la nécessité d’accélérer l’application du plan national de prévention et de lutte contre le cancer, en coordination avec divers ministères, dont ceux de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Objectif : établir une stratégie 2036 et un plan d’action pour 2025-2026, fondés sur une approche transversale.
Le tabac en milieu scolaire a été pointé comme un facteur de risque préoccupant. « Ce fléau social touche désormais les jeunes, dès l’école », a-t-elle alerté, soulignant la corrélation avérée entre tabac et cancers, notamment du poumon. Elle a ainsi salué l’initiative du ministère de l’Éducation d’intégrer dès la prochaine rentrée un programme de sensibilisation destiné aux élèves et à leurs parents, incluant aussi les dangers de la malnutrition, autre facteur de cancer infantile.
« Le dépistage précoce est crucial, tant chez les filles que chez les garçons », a, par ailleurs, insisté la Pr. Gachi, rappelant qu’environ 2 000 nouveaux cas de cancer pédiatrique sont enregistrés chaque année en Algérie, sur un total de 65 000 nouveaux cas toutes tranches d’âge confondues. «Diagnostiquer tôt, c’est augmenter les chances de guérison et réduire le coût du traitement », a-t-elle affirmé.
La spécialiste a appelé également à faciliter le parcours de diagnostic afin d’offrir aux enfants une meilleure prise en charge. Elle a estimé, à ce propos, que cela passe par une meilleure organisation des soins, une détection plus rapide et un accès plus fluide aux traitements.
La professeure a plaidé également pour l’augmentation du nombre d’accélérateurs de radiothérapie, encore trop insuffisants selon elle, pour répondre aux besoins du pays. Elle s’est toutefois montrée optimiste quant à la production nationale imminente de médicaments anticancéreux, qui permettra d’atteindre l’autosuffisance dans ce domaine critique. « Cette mesure, ainsi que la formation intensive du personnel paramédical, figurent parmi les principales recommandations des dernières assises sur le cancer », a-t-elle ajouté.
Par ailleurs, elle lancé un cri d’alerte sur les dysfonctionnements majeurs entravant le bon fonctionnement du centre de lutte contre le cancer pédiatrique du CHU Lamine Debaghine.
Inauguré en 2023 dans le but de désengorger le Centre Pierre et Marie Curie (CPMC), le centre de Bab El Oued connaît déjà une surcharge alarmante. « Seuls 28 lits sont actuellement fonctionnels sur les 60 prévus, ce qui limite considérablement notre capacité à accueillir les enfants malades », a déploré la Pr. Gachi. Elle a appelé à l’ouverture urgente des 32 lits restants et au renforcement du personnel paramédical, en sous-effectif chronique.
Parmi les autres obstacles identifiés : manque d’équipements, insuffisance de médicaments et déficit de personnel qualifié. Autant de points faibles largement débattus lors des Assises nationales sur le cancer, tenues à Alger les 3 et 4 mai derniers.
T. Feriel
