Es-Seddikia :Du béton à la verdure, une métamorphose réussie

Depuis l’année dernière, le quartier d’Es-Seddikia s’est offert une seconde vie avec la réception du jardin réalisé à la place des immeubles délabrés saturés d’amiante : un espace verdoyant s’étend désormais, transformant radicalement le paysage et le quotidien des habitants.
Il y a encore quelques années, Es-Seddikia évoquait une cité en sursis. Construite dans les années 1980 par des Italiens, elle était devenue une zone sinistrée, marquée par des façades décrépites, des logements insalubres et une menace sanitaire omniprésente. Les autorités avaient promis sa démolition dès le début des années 2000, mais ce n’est qu’en 2022 que les bulldozers ont fini par raser ces bâtiments. «Avant, c’était lugubre, on vivait dans l’angoisse», se souvient Ahmed, un ancien résident. «L’amiante était partout, et le quartier était abandonné».
Aujourd’hui, le contraste est saisissant. À la place des blocs en ruine, un jardin paysager accueille les promeneurs avec ses larges pelouses, ses allées bordées de palmiers et son cours d’eau enjambé par une passerelle métallique. Là où régnaient le béton et la poussière, les Oranais peuvent désormais profiter d’un cadre rafraîchissant, agrémenté de kiosques transformés en cafétérias et restaurants. Ce qu’ils font sans modération lors des soirées de ce mois de Ramadhan, malgré un froid parfois saisissant.
Cette transformation dépasse le simple cadre esthétique. «Avant, on ne venait ici que par nécessité, maintenant on y vient par plaisir», confie Nadia, une habitante du quartier. L’ajout d’un mini-théâtre en plein air, destiné à accueillir concerts et spectacles nocturnes, ainsi que d’installations sportives -un court de tennis, un terrain de basket et un mini-stade de football- illustre bien ce renouveau.
Cependant, tout n’est pas parfait. Certains regrettent le choix massif des palmiers, jugés peu efficaces pour offrir de l’ombre. «C’est joli, en été il faut se munir de chapeaux», avertit Samir, habitué du quartier. Malgré ces détails, le projet est unanimement salué pour avoir su réconcilier Seddikia avec son environnement.
Ce jardin symbolise un tournant pour Oran. D’un espace en déclin, marqué par l’abandon et l’attente, à un lieu de vie dynamique et attractif, Seddikia a su renaître. Une preuve que la ville, parfois, sait aussi donner une seconde chance à ses quartiers.
O.A Nadir
