Phénomène inquiétant dans les écoles : Lorsque les élèves se rebiffent

À la fin de chaque année scolaire en Algérie, un rituel inquiétant se répète devant les établissements scolaires : des élèves, à peine sortis des examens, déchirent leurs cahiers et livres, les balançant dans les rues dans une explosion de feuilles volantes.
Les trottoirs deviennent alors le théâtre d’une scène expressive qui interpelle autant qu’elle choque. Ce geste, loin d’être anodin, est révélateur, selon des psychologues, d’un mal-être profond, d’un message non formulé mais fortement symbolique : celui d’un rejet de l’école et de ses méthodes.
« Cette destruction frénétique du matériel scolaire ne traduit pas seulement la joie d’en finir avec les cours. Elle porte en elle une dimension de vengeance symbolique contre une institution perçue comme oppressante », analyse une psychologue exerçant dans une polyclinique publique à Oran. «Pour beaucoup d’élèves, cette réaction est le résultat d’un cumul de pressions psychologiques, de stress constant et parfois même de violences, subis tout au long de l’année », explique notre interlocutrice. De nombreux autres psychologues scolaires s’accordent à dire que « le système éducatif algérien peut devenir source de souffrance pour l’élève, notamment lorsqu’il est exposé à des comportements autoritaires, voire violents, de la part de certains enseignants ». S’y ajoute une surcharge des programmes, souvent jugée, par les parents d’élèves, « excessive et inadaptée, qui étouffe la créativité et l’épanouissement des jeunes ». « Il est essentiel de reconnaître que certains enseignants ne disposent ni de la vocation ni des compétences pédagogiques nécessaires pour exercer leur métier », estime de son côté, une spécialiste en sciences de l’Éducation, actuellement à la retraite. Ce constat pousse, selon elle, à « une remise en question urgente des mécanismes de recrutement et de formation dans le secteur éducatif ». « L’avenir de l’école algérienne passe par une réforme en profondeur, qui inclut l’allègement des programmes, l’introduction de contenus plus intelligents et contextualisés, ainsi qu’un processus de sélection rigoureux pour accéder à la profession d’enseignant », plaide-t-elle encore.
Face à ce phénomène qui interpelle, le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saâdaoui, a réagi, récemment, en appelant à une mobilisation de la société civile. Qualifiant ces comportements de « faits étrangers à l’école algérienne », il a insisté sur la nécessité d’une alliance forte entre l’école, les familles et les acteurs sociaux. Lors d’une rencontre avec Ibtissem Hamlaoui, présidente de l’Observatoire national de la société civile, un programme d’action commun a été élaboré. Lancé dès le 11 mai, ce programme vise à mener des activités de sensibilisation dans les établissements scolaires, afin d’endiguer durablement ces phénomènes et rétablir un lien sain entre les élèves et leur environnement éducatif. Ce n’est qu’en traitant les causes profondes de ce comportement – et non ses simples manifestations – que l’école pourra retrouver son rôle fondamental : celui d’un espace d’apprentissage, de respect, et d’émancipation pour les jeunes générations.
G. Salima
