Retailleau persiste et signe : Alger expulse deux espions français

Les autorités algériennes ont fait preuve d’une réactivité sans précédent en expulsant, ce samedi, deux agents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) française, en possession de passeports diplomatiques délivrés par Paris.
Ces deux agents, dont la mission exacte reste suspecte, ont été dépêchés en Algérie sous l’autorité du ministère français de l’Intérieur. Ils ont été déclarés persona non grata par Alger. L’information a été révélée par la chaîne de télévision publique ALG24 News, qui évoque une « manœuvre du ministre français de l’Intérieur Bruneau Retailleau, qui a été déjouée par Alger grâce à la vigilance des services de sécurité algériens ». Cette intervention a été orchestrée par Retailleau sans notification préalable des autorités algériennes, enfreignant ainsi les règles diplomatiques en vigueur.
L’absence de notification officielle aux autorités algériennes, avant l’arrivée des deux hommes est une violation des conventions internationales. Conformément à l’article 9 de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques, tout État doit approuver l’entrée sur son territoire des détenteurs de passeports diplomatiques. En l’absence de coordination, Alger a jugé cette démarche inacceptable, y voyant un risque pour sa sécurité nationale. Les autorités algériennes ont donc ordonné l’expulsion immédiate des deux agents, soulignant que « toute initiative similaire, sans transparence, sera traitée avec la même fermeté ».
Cet incident survient dans un contexte de relations tendues entre la France et l’Algérie. L’utilisation de passeports diplomatiques pour des agents de renseignement ajoute une couche de sensibilité, ces documents étant normalement réservés à des missions officielles ouvertes. Les spécialistes relèvent que de telles pratiques, si elles ne sont pas encadrées, peuvent alimenter les suspicions d’espionnage et éroder la confiance entre partenaires. Les observateurs s’interrogent aussi sur les motivations derrière l’envoi non déclaré de ces agents et sur d’éventuelles conséquences pour la coopération sécuritaire entre les deux pays. Par cette action rapide, l’Algérie réaffirme son attachement au strict respect des procédures diplomatiques, tout en envoyant un message clair sur l’intangibilité de sa souveraineté.
Tentatives d’espionnage
Pour rappel, les services de renseignement algériens ont réussi à déjouer un complot orchestré par leurs homologues français visant à déstabiliser l’Algérie, à travers l’enrôlement d’un ressortissant algérien ayant grandi à l’étranger pour servir leurs desseins hostiles. C’est ce qu’a révélé un documentaire diffusé, en décembre dernier, par la chaîne AL24 News. Le documentaire relate l’histoire d’Aïssaoui Mohamed Amine, âgé de 35 ans, ayant vécu comme émigré à l’étranger. Après avoir séjourné en France, il part en Syrie, puis en Irak où il rejoint Daesh, au sein duquel il mène des activités terroristes. Le documentaire d’AL24 News livre des détails précis sur l’enrôlement d’Amine à son retour en Algérie. En 2022, il a été contacté par l’association française Artémis, connue pour ses activités douteuses envers les individus impliqués dans des affaires terroristes sur le territoire français. Cette association, dirigée par un certain Bouyad Jean Gilles, ancien conseiller de l’ex-ministre de l’Intérieur français Bernard Cazeneuve, est impliquée dans des tentatives de rapprochement avec des Algériens ayant des antécédents liés au terrorisme. Parmi ses membres actifs figure Rachid Benzine, un marocain naturalisé français, récemment honoré par le roi du Maroc, Mohammed VI, pour ses « contributions dans le domaine de la recherche scientifique ». Plusieurs membres de cette association suspecte sont d’anciens employés du ministère de l’Intérieur français ou y travaillent encore.
Le jeune homme a précisé qu’il n’avait pas hésité à collaborer avec l’association, d’autant plus qu’il avait appris que son cas était classé parmi les dossiers noirs au sein du ministère français de la Défense. L’association lui a promis une aide pour régulariser sa situation, ce qui pourrait lui permettre de retourner dans sa maison familiale en Espagne et de tourner définitivement la page sur son passé. Le documentaire a révélé que toutes les interactions entre Mohamed Amine et les services de renseignement français faisaient l’objet d’une surveillance. Des images montrent leur première rencontre en avril 2023 à Alger, sous le couvert de l’association « Artémis ». L’individu qu’il a rencontré était un cadre de la direction générale de la sécurité extérieure française, exerçant comme premier secrétaire à l’ambassade de France en Algérie.
G. Salima
