Quand l’humanitaire devient un crime : Washington sanctionne une ONG algérienne

Dans un nouvel épisode de sa guerre globale contre la solidarité avec la Palestine, les États-Unis ont inscrit mardi la Fondation Al-Baraka – une Organisation non gouvernementale (ONG) algérienne de premier plan – sur leur liste noire, l’accusant de financer le Hamas sous couvert d’activités humanitaires au même titre que d’autres ONG. Cette décision, prise en pleine crise humanitaire sans précédent à Ghaza, révèle l’hypocrisie glaçante de l’administration américaine et sa volonté de criminaliser toute aide véritable au peuple palestinien. Sous prétexte de « protéger le secteur caritatif de l’exploitation », Washington frappe là où ça fait le plus mal : dans les dernières veines de secours humanitaire encore actives dans une bande de Ghaza étranglée.
Fondée pour venir en aide aux plus vulnérables, la Fondation Al-Baraka est depuis des années l’un des piliers de l’aide algérienne au peuple palestinien. Elle a notamment acheminé des médicaments, des ambulances, des vivres et de l’eau potable dans les zones les plus touchées de Ghaza, en pleine guerre. Accuser une telle organisation de financer des activités militaires, sans preuve rendue publique, c’est nier non seulement son rôle humanitaire, mais aussi insulter la mobilisation populaire qui la soutient.
Depuis le 7 octobre 2023, l’engagement d’Al-Baraka s’est intensifié face à la catastrophe humanitaire provoquée par l’agression sioniste génocidaire. À travers des campagnes intitulées « l’Algérie et la Palestine, un seul peuple » ou encore « le serment accompli », la fondation a coordonné l’envoi de vivres, de médicaments, de vêtements et de tentes. Ces actions, largement documentées et transparentes, visent à répondre aux besoins urgents des civils, particulièrement des enfants et des femmes, pris en otage dans un siège implacable.
Malgré le blocus sioniste écrasant sur la bande de Ghaza, Al-Baraka est parvenue récemment à préparer plus de 3 000 kilogrammes de viande d’agneau pour les distribuer aux déplacés dans la ville de Ghaza à l’occasion de l’Aïd el-Adha. Selon Raafat Junaineh, porte-parole de l’association, ils ont dû surmonter d’énormes difficultés et ont travaillé pendant plus de trois mois pour rassembler ce bétail en vue de la fête. « Nous sommes déterminés à envoyer un message depuis le cœur de la destruction et du siège : nous faisons tout notre possible, en dépit du danger, pour que cette viande parvienne aux déplacés », a-t-il déclaré à Al Jazeera. Abu Muadh, directeur du centre d’hébergement de l’école Al-Sabah, à l’est du quartier Al-Tuffah a exprimé sa gratitude : « Depuis 14 mois, nous n’avons pas reçu un seul morceau de viande. Les déplacés ont été surpris et profondément émus par ce geste. » Une femme déplacée a elle aussi exprimé sa joie de recevoir de la viande pour la fête, après des mois de privation dus au blocus sioniste.
La manœuvre américaine s’inscrit dans une stratégie plus large visant à redéfinir la solidarité comme une menace. Dans ce contexte, la duplicité se manifeste avec une violence crue : les États-Unis ont également imposé des sanctions à la Fondation Al-Dameer — une ONG palestinienne fournissant une aide juridique aux prisonniers politiques — ainsi qu’à des associations caritatives opérant au Moyen-Orient et en Europe: la Société Al-Wiam pour la Charité (Ghaza), l’ONG Waqf Falastin (Turquie), la Fondation Isrâa (Pays-Bas) et l’Association Al-Qubbah al-Dhahabiyah (Italie).
A travers cet acharnement, l’administration américaine cherche à monopoliser l’aide, l’utilisant comme arme stratégique en tentant de dissuader toute forme de solidarité concrète avec les Palestiniens.
Djamel Hamdan
