La santé mentale des enfants en péril : Quid de l’Algérie ?

La santé mentale des enfants est en péril. C’est le cri d’alarme lancé, ce mercredi, par l’ONG néerlandaise KidsRights, dans un rapport publié en collaboration avec l’université Erasmus de Rotterdam.
Ce rapport annuel, le KidsRights Index 2025, met en lumière une tendance alarmante : plus de 14 % des jeunes âgés de 10 à 19 ans dans le monde souffrent de troubles mentaux, et les taux de suicide chez les adolescents entre 15 et 19 ans atteignent une moyenne de 6 pour 100 000. En cause : l’impact dévastateur des réseaux sociaux, devenus omniprésents et incontrôlés. « La crise du bien-être des enfants a atteint un point critique », a alerté Marc Dullaert, fondateur de KidsRights. « Les plateformes donnent la priorité à l’engagement plutôt qu’à la sécurité. »
L’Algérie est loin d’être épargnée par ce fléau dévastateur. En effet, la société fait face à des signaux similaires, bien que peu documentés. Dans un contexte de transition numérique rapide, l’accès aux smartphones et aux plateformes sociales s’est généralisé chez les enfants et adolescents algériens, souvent sans encadrement parental ni barrière technologique efficace. Les effets psychologiques sont visibles : troubles anxieux, isolement social, harcèlement en ligne, et une détérioration générale du bien-être émotionnel. Le Doliprane challenge en est un exemple édifiant.
Des professionnels de santé algériens ont tiré la sonnette d’alarme depuis plusieurs années, pointant du doigt l’émergence de comportements addictifs liés à une exposition prolongée aux écrans.
Pourtant, les données restent fragmentaires, et l’absence d’études nationales approfondies empêche une réponse stratégique à la hauteur des enjeux. Consciente de ces risques, l’Algérie a mis en place certaines mesures pour protéger les plus jeunes : Il s’agit d’abord de la création d’une cellule de lutte contre la cybercriminalité, chargée de surveiller les contenus dangereux en ligne, y compris ceux incitant à l’automutilation ou à la violence et du lancement de campagnes de sensibilisation dans les écoles et sur les médias publics, soulignant les dangers de l’usage excessif des écrans.
Les autres mesures prises consistent en le développement de plateformes éducatives nationales comme « Ta3limdz » pour proposer un usage plus encadré et bénéfique d’Internet et la collaboration entre le ministère de la Santé et de l’Éducation pour intégrer des modules sur la santé mentale et les risques du numérique dans les programmes scolaires. Mais ces actions, bien qu’encourageantes, restent à améliorer et font ressortir un besoin de coordination et de suivi rigoureux.
Pour contrer cette crise croissante, plusieurs pistes s’offrent aux pouvoirs publics : Établir une base de données nationale sur la santé mentale des enfants, en lien avec les établissements scolaires, les hôpitaux et les associations et renforcer la régulation des contenus en ligne via des partenariats avec les géants du numérique afin de filtrer les contenus inappropriés accessibles aux mineurs. Il serait aussi pertinent de créer des espaces numériques sûrs, avec des plateformes locales adaptées aux besoins des jeunes où les interactions sont modérées et de former les enseignants ainsi que les parents à détecter les signes de mal-être psychologique liés à l’usage numérique.
Enfin, la recherche universitaire sur les impacts sociaux et mentaux des technologies sur les enfants algériens a besoin d’être encouragée.
En Algérie, l’urgence est réelle, et les réponses doivent être cohérentes, coordonnées et courageuses. Car derrière les écrans lumineux se cachent trop souvent des esprits fragilisés, en quête d’attention, de reconnaissance, et parfois, tout simplement, d’aide.
G. Salima
