Le PDG du Groupe Sonatrach l’affirme : « L’Algérie n’est pas concernée par le plafonnent des prix des hydrocarbures »

Le PDG du groupe Sonatrach, Toufik Hakkar a annoncé, lundi à Alger, le lancement progressif de plusieurs nouveaux « mégaprojets » pétrochimiques, dans le cadre des démarches d’augmentation des niveaux de valorisation des hydrocarbures.

S’exprimant lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation du bilan du groupe pour l’exercice 2022 et les cinq premiers mois de l’exercice 2023, A ce titre, M. Hakkar a fait état de deux « importants » projets en pétrochimie en cours d’élaboration, d’autant plus que l’appel d’offres relatif aux soumissions techniques et financières sera lancé courant 2023.
Il s’agit du projet de production de diesel au niveau de la raffinerie de Skikda, auquel une enveloppe financière conséquente a été allouée en vue d’assurer « la couverture des besoins nationaux en ce carburant jusqu’en 2035 ».
Quant au second projet, il consiste en l’extension de la raffinerie d’Arzew pour la production d’essence, et ce dans le cadre de l’augmentation de ses capacités de production, pour passer de 600.000 tonnes à 1,2 millions de tonnes/an, ce qui contribuera à la satisfaction des besoins nationaux jusqu’en 2036.
Dans ce contexte, le PDG a cité le lancement des travaux de réalisation d’un important projet dans le secteur de pétrochimie en fin 2022 à Arzew pour la production du méthyl tert-butyl éther (MTBE), utilisé comme adjuvant pour améliorer l’essence sans plomb au niveau des raffineries, sans avoir à l’importer.
Autre projet relatif à la réalisation d’un nouveau complexe pétrochimique pour la production du polypropylène à Arzew (Oran), celui-ci a récemment été signé avec le consortium cino-britannique « Petrofac-HQC » considéré comme « le plus grand projet pétrochimique depuis les années 1970 ».
Quant à l’investissement dans les hydrocarbures, M. Hakkar a fait savoir que 30 milliards de dollars ont été alloués pour financer l’exploration et la production d’hydrocarbures, soulignant qu’une grande partie de ces investissements sera destinée à la persévération des champs de production et à la modernisation des installations.
Quant aux prévisions de production et d’exportation pour cette année, M. Hakkar a indiqué que Sonatrach ambitionnait d’atteindre une production préliminaire de 200 millions de TEP et une exportation oscillant entre 91 et 92 millions de TPE d’hydrocarbures, affirmant que le maintien des prix énergétiques élevés permettrait de poursuivre les investissements dans des projets d’exploration, de production et de raffinage.
Par ailleurs, M. Hakkar a indiqué que le recrutement au niveau du Groupe était supervisé par des entreprises et organismes nationaux, et ce dans le cadre des instructions et des lois qui régissent ce volet, afin de garantir « la transparence totale, depuis le concours jusqu’à l’annonce des résultats ».
Plus de 4.200 personnes ont été recrutées au niveau du Groupe depuis 2020 jusqu’à mai 2023, a ajouté M. Hakkar, relevant que la société nationale des hydrocarbures était la seule, au niveau national, à avoir recruté autant durant cette période.

L’intérêt des Américains

M. Hakkar a également déclaré que « Sonatrach croit bien en l’avenir du gaz et du pétrole et continuera à investir dans le gaz naturel, pour répondre aux besoins du pays et du développement de son économie ainsi que pour continuer à exporter ».
« Nous avons vu les conséquences de la politique de la transition énergétique des compagnies qui n’a pas été bien étudiée et évaluée. Ces conséquences ont été ressenties sur l’augmentation des prix du gaz bien avant la crise ukrainienne. Des niveaux de prix qui n’ont jamais été enregistrés auparavant, en raison du manque d’investissement », a-t-il expliqué.
Dans le même contexte, le PDG de Sonatrach a également évoqué les dernières déclarations des compagnies pétrolières mondiales, notamment celles faites par les PDG d’Exxon Mobil, de BP, de TolalEnergies et du groupe italien ENI qui soulignaient l’avenir assuré pour le gaz naturel en tant qu' »énergie importante ».
Il a ajouté que « la majorité des études réalisées par des cabinets spécialisées dans le domaine souligne le rôle du pétrole et du gaz dans le mix énergétique », assurant que la problématique du climat sera prise en compte à travers l’investissement dans l’énergie solaire photovoltaïque.
S’agissant du développement de l’hydrogène en Algérie, M. Hakkar a fait observer que cette « nouvelle énergie nécessite beaucoup d’études poussées et de la maîtrise des technologies et d’un business model ».
« Nous pouvons dire aujourd’hui que nous sommes juste au début de cette technologie et de ce marché. Avant son développement, il faudrait assurer des clients, et définir sous quels types de contrats à adopter (court, moyen ou long terme), ainsi que les prix et le mode de transport », a-t-il estimé, assurant que « toutes ces questions sont en train d’être examinées avec les partenaires dans le cadre des mémorandums signés ».
Répondant à une question portant sur les volumes des contrats de gaz réalisés par sa compagnie sur le marché spot, M. Hakkar a fait observer que ce marché est « mieux valorisant » par rapport aux contrats à long terme, mettent en avant les efforts menés par Sonatrach en la matière et qui ont permis de commercialiser des volumes « très importants et historiques en 2022 ».
A propos des nouvelles découvertes d’hydrocarbures, il a souligné que Sonatrach a mobilisé d’importants investissements de l’ordre de 17 milliards de dollars durant ces 20 dernières années, et ce, pour le maintien et le développement des gisements de production en Algérie.
« Avec la nouvelle loi relative aux hydrocarbures et le travail entrepris actuellement par le ministère de l’Energie à travers l’agence ALNAFT pour le lancement prochain d’un avis d’appel d’offres, nous espérons réaliser de nouvelles découvertes », a-t-il dit, mentionnant que « des discussions sont en cours avec des compagnies mondiales intéressées par l’investissement en Algérie ».
S’agissant du bilan annuel de l’exercice 2022, le PDG a fait savoir que le résultat net de Sonatrach a atteint 10 milliards de dollars, obtenu sur un chiffre d’affaires à l’export de l’ordre de 60 milliards de dollars.

Augusta, en deçà des attentes

En outre, le PDG du groupe Sonatrach a affirmé que plusieurs sociétés étrangères avaient affiché l’intérêt d’investir dans le secteur des hydrocarbures en Algérie, à la faveur des avantages accordés par la nouvelle loi sur les hydrocarbures.
Le PDG de Sonatrach a fait état de l’intérêt affiché par deux sociétés américaines en vue d’investir en Algérie, notamment dans le bassin de Berkine et à Illizi, soulignant que le groupe « leur a fourni différentes informations concernant ces régions ».
« Tous les bassins connus en Algérie attirent les investisseurs notamment les Américains qui disposent de technologies pour développer certaines régions nécessitant un grand effort et de nouvelles technologies », a-t-il affirmé.
A ce titre, M. Hakkar a indiqué que la finalisation des textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures avait coïncidé avec la pandémie du coronavirus, à l’origine de la réticence d’investir dans le domaine de l’exploration pour éviter de prendre tout risque dans une période d’incertitude, tandis que les sociétés pétrolières ont manifesté juste après leur intérêt en vue de lancer des activités en Algérie au regard des avantages et des facilitations accordés.
S’agissant du renouvellement des contrats du gaz naturel, le PDG de Sonatrach a souligné que le Groupe avait renégocié 11 contrats du domaine gazier avec différents partenaires, obligeant ainsi les équipes de Sonatrach à travailler « sans relâche » pendant un an et demi.
« L’opération touche pratiquement à sa fin », a-t-il dit. Et d’ajouter: « Nous avons réussi à réviser 9 contrats annoncés, alors que deux autres sont à la phase finale des négociations ».
Pour ce qui est des démarches des Etats européens pour le plafonnement des prix des hydrocarbures, M. Hakkar a indiqué: « Nous ne sommes pas concernés par le plafonnement des prix et aucun des clients européens avec qui nous collaborons n’a exigé ce plafonnement ».
Concernant l’arrêt de production au gisement de Touat, M. Hakkar a expliqué qu' »après l’entrée en phase de production, la composition du gaz avait changé en raison de la présence du mercure, d’où la nécessité de procéder à l’installation de nouvelles structures de traitement ».
Les travaux de réalisation de ces structures de traitement « sont à un stade avancé », a affirmé M. Hakkar, annonçant la reprise, avant la fin de l’année en cours, de la production au gisement de Touat dont la capacité de production avoisine les 12 millions M3/jour.
Répondant aux questions des journalistes, le PDG a évoqué l’affaire de la raffinerie « Augusta » en Italie dont Sonatrach détient la totalité des actions depuis son acquisition en 2019. A ce propos, le premier responsable de Sonatrach a rappelé que la raffinerie avait réalisé des résultats « positifs » ces deux dernières années, « mais en deçà de ses espérances ».
Depuis deux ans, la raffinerie en question n’utilise qu’un taux infime du pétrole algérien et achète la plus grande partie du marché international, a expliqué M. Hakkar, formant le souhait de voir la raffinerie réaliser en permanence des résultats positifs.
Evoquant les champs pétroliers et gaziers découverts en Libye, M. Hakkar a souligné qu’il était en « contact permanent avec les autorités libyennes pour revenir en Libye », annonçant qu’il effectuera prochainement une visite à Tripoli pour examiner les voies et moyens de réunir toutes les conditions favorables à la reprise des activités de Sonatrach dans ces champs.
Synthèse R.E

 

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