Abandonnées depuis plus de 30 ans : Quel avenir pour les salles de cinéma ?

Le ministère de la Culture a enclenché le processus visant à récupérer la gestion des salles de cinéma publiques qui appartiennent aux communes disséminées à travers la wilaya d’Oran.
Si, théoriquement cette reprise est une bonne nouvelle pour le secteur cinématographique national, la réalité du terrain est bien plus complexe. Certaines de ces salles, à l’image de la Cinémathèque, du Maghreb ou de Saada, ont bénéficié de rénovations, mais de nombreuses autres infrastructures héritées de l’époque coloniale se trouvent aujourd’hui dans un état de délabrement avancé. Ces salles, parfois centenaires, sont devenues des coquilles vides, exposées aux infiltrations, aux intempéries, voire au vandalisme. Leur façade raconte encore une époque révolue, mais l’intérieur n’a souvent plus rien d’exploitable. Pour le ministère, il s’agit donc d’un patrimoine symbolique mais aussi d’un fardeau : une dizaine de salles dont la réhabilitation nécessitera des investissements colossaux. Avant toute relance effective, un diagnostic technique approfondi devra être mené par l’organisme public chargé de leur gestion. État des structures, conformité aux normes de sécurité, équipements techniques obsolètes ou inexistants… le défi est immense. Remettre en état ces salles implique bien plus qu’un simple coup de peinture : il faudra des projecteurs numériques, des systèmes audio dernier cri, du mobilier confortable, de la climatisation, et surtout, une mise à niveau complète des installations électriques et sanitaires. Le coût ? Il se chiffrerait à coup sûr en centaines de milliards de centimes, avec une large part de matériel à importer. Et même une fois les devis réalisés, il faudra attendre les procédures administratives : validation budgétaire, demande de financement auprès du ministère des Finances, appels d’offres, passation de marchés publics… Un processus long et complexe qui pourrait s’étaler sur plusieurs années.
Mais au-delà de l’aspect financier, se pose un autre problème de taille : l’emplacement de ces salles. En majorité, certaines sont enclavées dans des ruelles étroites, au cœur de quartiers populaires, sans stationnement, sans accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, souvent adossées à des immeubles d’habitation, voire exposées à des risques d’inondation ou d’insalubrité. Dans un monde où le public est habitué aux multiplexes modernes, accessibles en voiture, avec parkings, restaurants et autres commodités, ces anciennes salles peinent à séduire les jeunes générations. Leur réhabilitation pourrait alors ressembler à une entreprise vaine, sauf à réinventer totalement leur vocation et leur modèle.
Pour un partenariat public-privé
Certaines voix plaident désormais pour une solution radicale et innovante : échanger ces vieilles structures au profit de projets neufs, en périphérie ou dans des zones urbaines émergentes. Concrètement, cela reviendrait à échanger les murs vétustes, souvent situés dans des artères commerciales très prisées, contre des terrains vierges, à destination cinématographique. Un partenariat public-privé pourrait ainsi voir le jour : des promoteurs immobiliers récupéreraient les anciennes salles (avec changement d’usage), tandis que la commune ou l’État construirait, sur de nouveaux terrains, des complexes modernes répondant aux standards internationaux. Ces nouveaux sites, facilement accessibles, offriraient tout ce qu’attend le public contemporain : multiplexes, parkings, espaces de restauration, zones ludiques, boutiques, etc. Le dossier des cinémas à Oran pose ainsi une question de fond : quelle place accorde-t-on aujourd’hui à la culture dans l’espace urbain ? Peut-on réconcilier patrimoine et modernité ? Le ministère de la Culture, en récupérant ces salles, hérite plus d’un fardeau complexe que d’un trésor. Il lui faudra à la fois de l’audace, de l’imagination et un sens stratégique aigu pour redonner au cinéma algérien des lieux à la hauteur de ses ambitions. Le cinéma à Oran ne pourra renaître que si une stratégie adaptée s’accompagne d’une vision urbanistique et économique réaliste. Sinon, ces salles continueront de se dégrader, vestiges mélancoliques d’un âge d’or révolu.
G. Salima
