Lionel Jospin est mort à 88 ans: La politique du bien « commun »
Adnan Hadj Mouri

L’ex-Premier ministre français, Lionel Jospin, tire sa révérence à l’âge de 88 ans. Dans le champ politique mondialisé, il subit de plein fouet la tyrannie des puissants, qui versent continuellement dans l’esprit de prédation et de rapine. À cela s’ajoute la politique-spectacle, séduite par la surcompensation narcissique qui « nécrose » la communication, transformant le dialogue en manipulation avant même qu’il n’ait lieu.
L’intelligence artificielle, quant à elle, réifie ces rapports humains, accentuant cette distorsion.La trajectoire de Jospin, marquée dès sa jeunesse par son engagement dans les groupes politiques de gauche, s’inscrit dans une logique de responsabilité et de justice.
Sa lutte contre le colonialisme français et l’oppression, cheville ouvrière de sa conception d’une justice entre les peuples, s’est manifestée particulièrement lors de la décennie noire qui endeuilla l’Algérie.
Tout en s’opposant à l’intégrisme islamique, sa conception politique ne se fourvoyait pas dans l’ingérence pour disloquer les États, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui.
Il y avait, pour le moins, une vision humanisante derrière le projet de loi Chevènement, qui le distingue de la politique actuelle, portée par la « macaronie », flirtant avec l’extrême droite. Autrement dit, la politique prônée par Jospin, même si elle ne faisait pas de « l’agir dissensuel » le point d’orgue de son action, restait insoumise à la dictature de l’actionnariat.
La réforme des 35 heures illustrait cette vision émancipatrice, où l’éthique et la justice sociale étaient conçues comme conditions de la liberté, et non comme instruments de rentabilité économique.
Philosophiquement, son parcours interroge le lien entre pouvoir, éthique et subjectivité.
À l’instar de ce que Hannah Arendt nommait la « banalité du mal », il montre que les dérives politiques naissent souvent de la soumission au spectacle, à l’argent et « à l’indifférence morale ».
On pourra dire à la manière de Rousseau, il défendait l’idée que la justice sociale et le « bien commun » doivent structurer « le contrat social politique », et non se plier aux logiques de prédation. Sa posture illustre également ce que Habermas défend dans sa théorie de « l’agir communicationnel » : le dialogue politique authentique suppose égalité, réflexion critique et capacité à résister aux pressions du pouvoir économique Au-delà de sa posture internationale, la justice demeurait son hymne de départ.
Même concernant le conflit du Proche-Orient, et malgré sa qualification du Hezbollah de mouvance intégriste, sa position permettait un long développement et une réflexion approfondie, plutôt que de se laisser emporter par le déluge des « passions tristes » et des jugements hâtifs. Enfin, suite à l’annonce de son décès, l’éthique de son engagement réapparaît comme un point de référence, capable d’amorcer un dialogue exempt de la domination de l’argent-roi une attitude qui, hélas, ne semble pas être la norme aujourd’hui.
