De la plume à la résistance: Saïd Oussad évoque Ghaza à Oran

Oran, jeudi 31 juillet 2025. Malgré la chaleur accablante, ils étaient une trentaine à se rassembler au Palais de la culture pour assister à la présentation de «Ghaza», dernier ouvrage de Saïd Oussad, journaliste et écrivain. Une rencontre animée par le sociologue et anthropologue Rabeh Sebaa, dans une atmosphère marquée par le recueillement.
Loin d’un simple événement littéraire, cette séance s’est imposée comme un moment de parole essentielle, presque une veillée. «Ghaza», paru récemment, revient sur la situation humanitaire et politique à Ghaza, à travers des chroniques sans détour, frontales, où l’écriture cherche moins l’esthétique que la vérité brute. «Ce n’est pas un roman, c’est un cercueil ouvert», résumait sobrement un participant à la sortie.
Saïd Oussad n’a pas écrit Ghaza pour faire joli mais pour qu’on n’oublie pas. Pour qu’on regarde en face. Il a évoqué un travail dicté par l’urgence, celui de témoigner, avec des mots qui cognent, de la réalité d’une population broyée.
A ses côtés, Rabeh Sebaa a guidé les échanges avec rigueur, rappelant notamment que la confusion entre antisionisme et antisémitisme est une arme politique utilisée pour brouiller les repères et criminaliser la solidarité. «Ici, il n’est pas question de haine, mais de résistance».
Dans la salle, plusieurs personnes ont pris la parole. Peu de commentaires, davantage de silences, de soupirs, et parfois, des mots brisés. Une femme a confié : « Je ne sais plus comment pleurer ». Un homme a demandé : « Si vous deviez ajouter quelque chose au livre, que mettriez-vous ? » Saïd Oussad a marqué un temps, avant de répondre, d’une voix grave : « J’ajouterais le pire. Parce que depuis la sortie du livre, c’est pire. On parle maintenant de famine. De bébés qui meurent de soif. Si un mot plus fort que ‘génocide’ existait, je l’utiliserais. »
L’émotion est restée contenue mais palpable. A plusieurs reprises, le public a accueilli les propos de l’auteur avec un silence lourd de sens. Des silences qui, parfois, disent davantage qu’une salve d’applaudissements.
L’ouvrage, dans son propos comme dans son ton, se veut un acte de mémoire, mais aussi de résistance. « Sur le plan diplomatique, aucun pays n’a autant soutenu la Palestine que l’Algérie », a rappelé Oussad. Non pour flatter, mais pour insister sur une solidarité qu’il décrit comme historique, populaire, viscérale.
Au-delà des mots, Ghaza est une tentative de maintenir vivante une cause que l’actualité rend parfois lointaine « Tant qu’il y aura des hommes pour écrire Ghaza, Ghaza tiendra ».
O.A Nadir
