Saison estivale: Chimbou, la figue qui règne sur l’été

A Oran, le retour des grandes chaleurs marque aussi celui d’un fruit emblématique : la figue de Barbarie. Connu localement sous le nom de «Chimbou», ce fruit de saison colonise les trottoirs, les étals improvisés et les coins d’ombre des quartiers populaires. Pelé à même la rue, servi frais sur un linge humide, il s’impose discrètement comme une pause rafraîchissante dans le tumulte estival.
Cueilli à la main à l’aube, le «Chimbou» ne se récolte pas n’importe comment. Il faut le prendre à maturité, juste avant qu’il n’éclate, tout en évitant les piquants qui hérissent sa peau épaisse. Son apparence rugueuse cache une chair juteuse, sucrée, parsemée de graines croquantes. Son goût légèrement acidulé en fait un en-cas prisé par toutes les générations, du passant pressé au flâneur du soir.
A la vente, le fruit devient presque une mise en scène. Certains le présentent pelé, tranché avec soin, prêt à être dégusté. D’autres conservent l’aspect brut du produit, mis en valeur sous des parasols tremblants. Quelques dinars suffisent pour s’offrir cette bouchée d’été, souvent consommée debout, adossé à un mur ou sur le bord d’un trottoir, entre deux courses ou deux conversations.
Mais au-delà de sa dimension populaire, la figue de Barbarie gagne en reconnaissance dans les milieux agricoles. Résistante à la sécheresse, peu exigeante en eau, elle représente une alternative sérieuse aux cultures gourmandes et vulnérables. Son potentiel économique s’élargit : confitures, boissons, huile cosmétique issue de ses graines… Les initiatives locales se multiplient pour valoriser toutes les facettes de ce fruit longtemps négligé.
Alors que l’été oranais atteint son pic, le «Chimbou» incarne une forme de simplicité. Ni luxe, ni produit marketing, il traverse les saisons sans fard. Symbole d’une consommation locale, directe, et presque intime, il rappelle qu’un fruit peut encore évoquer un territoire, une mémoire, un moment suspendu.
A Oran, il n’est pas rare que ce moment prenne la forme d’une figue pelée, partagée sous un ciel bleu immobile.
O.A Nadir

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