Couverture médiatique du drame d’El Harrach : L’ANIRA sanctionne quatre chaînes de télévision

Au lendemain du tragique accident d’El Harrach, l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA) a frappé fort. Samedi soir, elle a annoncé la suspension, pour 48 heures, de quatre chaînes de télévision — El Bilad, El Wataniya, El Hayat et Echourouk — à compter d’hier à 22h30.
L’ANIRA reproche à ces chaînes de « graves manquements professionnels » dans leur couverture du drame : interviews de blessés en réanimation, poursuite des proches des victimes en plein choc, diffusion d’images et de sons insoutenables sans avertissement. Autant de pratiques qui constituent, selon l’instance, « une atteinte flagrante à la dignité et à la vie privée ». La Télédiffusion d’Algérie (TDA) a reçu l’ordre d’exécuter immédiatement la mesure et de retirer les contenus incriminés des plateformes numériques des chaînes concernées.
Cette sanction inédite se veut un signal fort. « La liberté de la presse est une responsabilité, et nous ne tolérerons aucun manquement portant atteinte à la dignité des citoyens et à la réputation de la profession », a insisté le gendarme de l’audiovisuel, appelant les rédactions à privilégier enquêtes sérieuses et respect des personnes endeuillées.
Mais l’affaire dépasse le cadre réglementaire. Elle révèle une dérive inquiétante : la tentation croissante d’un voyeurisme médiatique qui transforme la douleur en spectacle. Là où la presse devrait être une boussole, raconter avec pudeur, analyser avec rigueur, chercher à prévenir d’autres drames, certaines caméras ont préféré se nourrir de larmes, planter leurs micros dans des visages défaits, traquer la détresse comme une proie.
Ce choix en dit long sur notre époque : l’obsession de l’image-choc a remplacé le devoir d’explication, l’émotion brute écrase la réflexion, et l’audience prime sur la vérité. Pourtant, il y avait tant à montrer autrement : l’engagement des secouristes, la solidarité des riverains, les failles criantes de la sécurité routière. La presse devrait éclairer sans humilier. Panser les plaies, pas les exhiber.
Khaled Boudaoui
