Boutlélis : La figue de barbarie, l’or vert d’une entrepreneure

Sous le soleil ardent de Boutlélis, zone rurale nichée au sud-ouest de la wilaya d’Oran, les raquettes des cactus se dressent fièrement, surmontées de fruits aux couleurs éclatantes.
En cette période estivale, la figue de barbarie a atteint sa pleine maturité, transformant le paysage en un décor vibrant et prometteur. Ce fruit, longtemps considéré comme marginal, s’impose aujourd’hui comme un levier de développement grâce à l’initiative audacieuse d’une femme : Houria, 42 ans, qui a décidé d’en faire son pari économique et son projet de vie. Titulaire d’une licence en biologie, cette passionnée a converti une parcelle de terrain familial en une plantation de cactus. Son objectif : hisser la figue de barbarie au rang de produit stratégique en misant sur la production d’huile de pépins, un élixir rare, prisé dans l’industrie cosmétique internationale pour ses vertus anti-âge et régénératrices. « J’ai voulu donner une seconde vie à ce fruit que l’on considérait jadis comme sans valeur. Aujourd’hui, je suis convaincue qu’il représente une opportunité unique pour notre région », confie-t-elle, le regard fixé sur ses champs verdoyants.
L’engagement de Houria ne se limite pas à la simple récolte. Forte de ses connaissances scientifiques, elle a introduit progressivement de bonnes pratiques agricoles et des techniques de culture biologique. Le processus de professionnalisation ne s’arrête pas au champ : elle s’emploie également à améliorer les étapes de tri, de conservation et de transformation, afin d’assurer une qualité irréprochable de son produit final. L’huile de pépins de figue de barbarie, particulièrement riche en vitamine E, en acides gras polyinsaturés et en stérols, est connue pour ses propriétés protectrices et réparatrices de la peau.
« Le marché international est en demande croissante, surtout pour les produits naturels et certifiés biologiques », explique Houria. Son ambition est claire : obtenir une certification internationale et positionner son huile sur les marchés d’exportation. Elle a déjà entamé les premières démarches administratives et commerciales en ce sens, consciente que la reconnaissance à l’étranger pourrait assurer la pérennité de son projet et créer de nouvelles perspectives pour la filière.
Au-delà de son initiative personnelle, le projet de Houria illustre un mouvement plus large : la valorisation des ressources locales et la montée en gamme des produits agricoles. Autrefois reléguée au rang de fruit de consommation populaire, la figue de barbarie devient désormais le symbole d’une reconversion agro-industrielle. Son huile, surnommée « l’or vert », incarne l’alliance entre tradition et innovation. Pourtant, des défis persistent. Le secteur a besoin d’un cadre normatif rigoureux afin de garantir la qualité et la traçabilité de l’huile destinée à l’export.
« Sans normes techniques claires, nous risquons de rester en marge des grands marchés », avertit l’entrepreneure. La mise en place de standards représenterait une étape décisive, non seulement pour sécuriser la filière, mais aussi pour encourager d’autres producteurs à se lancer. Dans les allées de sa plantation, alors que les ouvriers s’affairent à cueillir les fruits épineux, Houria savoure déjà une première victoire : avoir transformé un fruit délaissé en un projet porteur d’avenir. Derrière les cactus qui se dressent sous le soleil de Boutlélis se dessine une réussite féminine exemplaire, inspirante pour le monde rural algérien. De la raquette épineuse aux flacons d’huile raffinée, la figue de barbarie raconte désormais une histoire de résilience et d’audace. Et grâce à Houria, ce fruit ancestral a trouvé un nouveau destin : devenir l’emblème d’une ascension agro-industrielle qui pourrait bien redessiner l’économie locale.
G. Salima
