Chute mortelle d’un bus dans l’oued El Harrach : Quatre personnes sous mandat de dépôt

L’Algérie est en deuil après l’accident de bus survenu vendredi 15 août à Alger. Dix-huit personnes ont perdu la vie et vingt-quatre autres ont été blessées, lorsqu’un bus de transport urbain est tombé dans le lit de l’oued El Harrach, à hauteur de la RN5.
Lors d’une conférence de presse tenue, hier, au tribunal de Dar El Beida, le procureur de la République, Rostom Mansouri, a révélé les résultats glaçants de l’enquête préliminaire et annoncé la mise sous mandat de dépôt de quatre personnes, dont le chauffeur du véhicule.
Selon les premiers éléments présentés par le parquet, le bus de marque Isuzu assurait la liaison entre Réghaïa et le centre-ville d’Alger. Il transportait au moment de l’accident 43 passagers, alors que sa capacité réglementaire est inférieure. Le drame s’est produit vers 17h40, en pleine heure de pointe, lorsque le véhicule a brusquement quitté la chaussée avant de basculer dans l’oued.
Les éléments de la Protection civile, assistés par de nombreux citoyens, ont rapidement convergé vers les lieux. Les corps des victimes ont été acheminés vers les hôpitaux de la Capitale, tandis que les blessés, dont plusieurs dans un état grave, ont été pris en charge dans différents établissements sanitaires. L’enquête a été confiée à la Brigade de lutte contre la grande criminalité, épaulée par les experts de l’Institut national de criminalistique et de criminologie de la Gendarmerie nationale.
Le rapport fait état de « violations volontaires flagrantes » des règles de sécurité et de maintenance. Le procureur a souligné que la cause mécanique directe de l’accident réside dans le blocage du système de direction, consécutif à une panne au niveau de la rotule. Cette défaillance a rendu le bus incontrôlable. À cela s’ajoutait un frein à main hors service, ce qui a empêché toute manœuvre d’urgence. L’expertise a, par ailleurs, révélé une usure inquiétante du système de freinage et un manque criant de maintenance générale. La surcharge a aggravé la situation. Des images de vidéosurveillance ont confirmé que le bus transportait plus de passagers que la réglementation ne le permet, une infraction qui incombe au chauffeur et au receveur.
Un bus interdit de circulation
L’enquête a également mis en lumière un élément troublant : le véhicule n’était pas autorisé à circuler. Une décision de suspension avait été prise par la direction des Transports d’Alger. Malgré cela, son propriétaire l’avait confié à un conducteur sans qualification légale et sans assurance. « Le chauffeur exerçait cette activité chaque vendredi comme un travail secondaire, sans aucune couverture légale. Ni lui ni le receveur n’étaient assurés », a précisé le procureur Mansouri.
Le rôle du centre de contrôle technique est lui aussi pointé du doigt. Le bus avait été déclaré apte à circuler, alors que les expertises après l’accident ont révélé de graves défaillances mécaniques. Le technicien qui avait validé la mise en circulation est désormais poursuivi pour négligence. À l’issue de l’enquête préliminaire, quatre personnes ont été présentées devant le juge d’instruction : il s’agit du chauffeur, du receveur, du propriétaire du bus ainsi que du contrôleur technique ayant validé le véhicule. Tous ont été placés sous mandat de dépôt. Les poursuites portent sur des délits d’homicide involontaire, blessures involontaires et mise en danger de la vie d’autrui. Le procureur a affirmé que la justice « n’hésitera pas à poursuivre toute autre personne reconnue responsable ». Il a clairement indiqué que « chaque manquement identifié doit être sanctionné ». L’enquête judiciaire se poursuit afin de déterminer l’ensemble des responsabilités.
G. Salima
