Un levier encore sous-exploité en Algérie : La carte des intermédiaires non bancaires
Alors que les économies développées multiplient les canaux de financement alternatifs, l’Algérie tente, à son tour, de consolider un maillon essentiel de son système financier : les intermédiaires financiers non bancaires (IFNB).
Réunis à Alger lors d’une conférence-débat organisée par l’Association des diplômés de l’Institut de financement du développement du Maghreb arabe (Ifidas) en collaboration avec la COSOB, les experts ont insisté sur la nécessité d’accélérer la diversification des sources de financement, à l’image des pays européens ou asiatiques où ces acteurs représentent parfois jusqu’à la moitié des flux financiers.
Dans son intervention, le ministre de l’Économie de la connaissance, Noureddine Ouadah, a rappelé que le développement de l’économie numérique et immatérielle impose à l’Algérie une adaptation rapide de son modèle financier. Il a cité plusieurs réussites d’ingénieurs algériens « capables de générer des revenus de plusieurs millions de dollars sans infrastructures lourdes », soulignant que l’économie de la connaissance « n’est plus un choix, mais une obligation ».
Un constat partagé par Youcef Bouzenada, président de la COSOB, qui a indiqué que la valeur mondiale des financements non bancaires équivaut désormais à 50 % des actifs financiers mondiaux, selon les chiffres de la Banque mondiale. En comparaison, la contribution du secteur algérien demeure marginale : cinq sociétés de capital-investissement seulement, totalisant 19 milliards de dinars de capitalisation et 58 milliards de dinars de fonds d’investissement publics.
Dans les pays développés, les fonds de capital-risque et les sociétés de gestion d’actifs jouent un rôle déterminant dans la croissance des start-up et des PME. Aux États-Unis, par exemple, près de 70 % des jeunes entreprises technologiques ont bénéficié d’un financement non bancaire à leurs débuts. En Europe, les plateformes de financement participatif et les fonds d’investissement locaux représentent désormais une source majeure de capital pour l’innovation.
À l’inverse, en Algérie, la dépendance au crédit bancaire reste forte et les circuits alternatifs peinent à s’imposer, malgré l’adoption récente des textes encadrant les organismes de placement de capitaux à risque (OPCR). Pour Meriem Tarzaali, consultante et membre du Conseil scientifique de la COSOB, il s’agit d’un « chantier prioritaire » : « Ces acteurs complètent le système bancaire et permettent de financer l’innovation, un pilier de la diversification économique. »
La conférence a également mis en lumière les expériences régionales, notamment celle de la Tunisie, présentée par Khaled Bettaieb, spécialiste de la finance digitale. Ce dernier a rappelé que les financements alternatifs tunisiens, moins dépendants des garanties bancaires classiques, misent sur la viabilité et la valeur des projets.
À l’heure où les pays développés font des IFNB un pilier stratégique de leur résilience économique, l’Algérie amorce à peine sa transition. Pour beaucoup d’experts présents, la consolidation de ce secteur pourrait devenir un vecteur clé de modernisation, à condition que la réglementation, la formation et la confiance des investisseurs évoluent au même rythme que les ambitions économiques nationales.
G. Salima
