IATF 2025 à Alger: L’Afrique, futur moteur de la croissance mondiale

Longtemps cantonnée à un rôle de pourvoyeur de matières premières, l’Afrique s’affirme désormais comme un acteur économique incontournable. Avec un marché de plus de 3.500 milliards de dollars et une population de 1,4 milliard d’habitants, le continent attire les regards comme épicentre potentiel de la croissance mondiale.
À quelques jours de l’ouverture de la 4e Foire commerciale intra-africaine (IATF), prévue à Alger du 4 au 10 septembre, les économistes s’accordent : l’Afrique regorge d’atouts stratégiques. « Près d’un tiers des réserves minérales identifiées de la planète se trouvent sur le continent, dont plus de 75% du cobalt mondial », a rappelé l’expert sénégalais Abdourahmane Ba.
À ces richesses minières s’ajoutent 60% des meilleures ressources solaires de la planète et autant de terres arables non cultivées, sans compter d’importantes réserves énergétiques. Un potentiel colossal qui place l’agriculture, l’énergie et les infrastructures au cœur des investissements à venir.
Mais les défis restent considérables. Pour Ishak Kherchi, économiste et directeur de l’ESC, « le véritable enjeu est de transformer localement ces ressources, grâce à l’éducation, la recherche et l’innovation technologique ». L’Afrique demeure en effet dépendante de l’exportation brute, freinée par le déficit d’infrastructures et une faible intégration régionale : les échanges intra-africains ne représentent encore que 14 à 16 % du commerce total, contre plus de 60 % en Europe.
La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui couvre un marché de 3.400 milliards de dollars, est présentée comme un tournant décisif. Selon les experts, elle pourrait accroître de 33% le commerce intra-africain et sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté d’ici 2035.
Au-delà des matières premières, l’Afrique mise aussi sur le numérique et l’innovation. Avec une urbanisation accélérée et une pénétration rapide d’Internet et de la téléphonie mobile, le continent entend transformer son dynamisme démographique en levier de développement durable et inclusif.
Par ailleurs, et portées par l’essor de l’entrepreneuriat sur le continent, les start-up africaines s’imposent comme des acteurs clés de l’innovation, capables de transformer en profondeur des secteurs stratégiques tels que la finance, l’agriculture, la santé et l’éducation.
De plus en plus reconnues par les gouvernements et les investisseurs, elles apparaissent désormais comme une réponse crédible aux grands défis structurels du continent : fracture numérique, inclusion financière, sécurité alimentaire et accès aux soins.
« Les start-up africaines ont la capacité d’apporter des solutions concrètes à des problèmes de fond», a souligné Alexia Amichia, experte ivoirienne en innovation et transition numérique, citée par l’APS. Elle insiste sur la force de ces jeunes entreprises : des modèles agiles, proches des besoins des citoyens, et capables d’induire des mutations profondes.
Dans la fintech, les innovations permettent déjà de démocratiser les paiements et transferts numériques dans des zones privées d’infrastructures bancaires, favorisant ainsi l’entrepreneuriat et le microcrédit. Selon les projections, le volume des paiements numériques pourrait atteindre 1.500 milliards de dollars en Afrique d’ici 2030.
Le secteur agricole n’est pas en reste : l’agriculture dite “intelligente”, avec ses capteurs, drones et solutions d’irrigation de précision, améliore la productivité et réduit le gaspillage, renforçant la sécurité alimentaire.
Le commerce électronique connaît également une forte dynamique, avec des revenus attendus à plus de 39 milliards de dollars en 2025 et 54 milliards en 2029, offrant aux PME un accès direct à de nouveaux marchés et contribuant à l’intégration économique du continent.
Pour Mme Amichia, l’émergence de cet écosystème innovant nécessite un partenariat étroit entre gouvernements, investisseurs et start-up : « Les États doivent instaurer un cadre juridique clair et incitatif, tandis que les investisseurs doivent assurer les financements nécessaires. »
L’experte met également en avant le rôle des initiatives régionales, à l’image de la Foire commerciale intra-africaine (IATF), prévue à Alger du 4 au 10 septembre prochain, sous le slogan « Passerelle vers de nouvelles opportunités ».
T. Feriel
