Bir El Djir: Les chantiers se multiplient

Bir El Djir, banlieue est d’Oran, est en chantier permanent. Sur le terrain, nombreux sont ceux qui voient les grues et les pelleteuses comme des promesses de modernité — mais l’enthousiasme se teinte souvent d’agacement.
Depuis début 2025, les projets d’aménagement urbain s’enchaînent. Le boulevard du Nord, long de près de 3 km, avance doucement : plus de 40 % des travaux réalisés, pour une enveloppe dépassant les 20 milliards de centimes. Une bouffée d’espoir pour désengorger la circulation — prévue pour juin prochain. Non loin, boulevard des Lions voit poindre un nouveau parking à étages, achevé à 98 %, prévu pour fluidifier le stationnement dans une zone congestionnée.
Le wali d’Oran, Samir Chibani, l’a inspecté récemment, soulignant l’urgence de sa mise en service.
À la cité de la Paix, l’efficacité cède le pas à la désillusion. Un chantier de réfection des tranchées pour la fibre ou l’éclairage a laissé des gravats sur le trottoir, inaccessibles et dangereux pour les enfants ou les malvoyants. « Cela fait une semaine, et personne n’est passé pour nettoyer », peste un habitant. Une signalétique du laisser-aller, symptomatique d’un chantier bâclé.
La réhabilitation ne se limite pas aux voiries. En janvier 2025, onze familles issues de bâtiments vétustes d’Oran et de Mahieddine ont été relogées vers des logements décents, dont deux à la cité des 1 201 logements publics locatifs à Bir El Djir. Une démolition a alors suivi leur départ. Cette opération, manifestement orchestrée dans le cadre de la lutte contre l’habitat précaire, s’inscrivait dans une dynamique plus large — une troisième du genre en quelques semaines.
Mais sur le terrain, les habitants oscillent entre espoir et impatience. « Voir ce boulevard se transformer, c’est beau — mais c’est long, trop long », soupire Samir, commerçant rue du 1er-Novembre. Il pointe du doigt les embouteillages chroniques, les trottoirs impraticables, et le manque de suivi des travaux. « Ils creusent, réparent, et repartent. On reste au milieu du bazar ».
Autre voix, autre ton : Farid, instituteur dans la cité, s’interroge sur l’ordre et la cohérence : « On reloge des familles, c’est bien.
On construit un parking, c’est bien. Mais sans cohésion — voirie, éclairage, trottoirs —, tout bout de projet est isolé et finit par décevoir. »
Car en parallèle, le réseau de gaz souffre des interventions non coordonnées : depuis 2024, 67 incidents ont été recensés sur Oran et Bir El Djir. Des excavations effectuées sans concertation avec Sonelgaz ont fragilisé les conduites, entraînant 12 km endommagés réparés et un programme de surveillance initié en 2025.
Des réussites ponctuelles — comme le relogement de familles ou l’avancée concrète des infrastructures — cohabitent avec des ratés visibles. Certains dénoncent aussi l’anarchie foncière : à Bir El Djir, des promoteurs auraient bâti sans permis ni respect des plans d’urbanisme, voire au détriment du domaine public, dans une zone jadis convoité pendant la décennie noire.
Ce contraste entre modernité visible et insatisfaction latente est constant. À Bir El Djir, les grues tournent, les chantiers avancent, mais les trottoirs restent encombrés, les bus débordés — le réseau de bus d’Oran dessert largement Bir El Djir avec une cinquantaine de lignes, mais la densité urbaine vient mettre à l’épreuve cette infrastructure.
O.A Nadir
