Ce que j’en pense : Une Nation, avec un « n » minuscule

Par Moncef Wafi

Jamais nation n’aura été aussi peu glorieuse, se drapant d’oripeaux volés aux contes des mille et une nuits et s’inventant une mémoire d’invincibilité.
Une nation qui trébuche au moindre hoquet de l’histoire et, au lieu de se relever, s’affaisse comme un soufflet raté avant de ramper jusqu’au prochain mirage.
Une nation qui s’est débarrassée de son honneur dans les eaux boueuses des oasis de la reddition afin de revêtir des peaux d’emprunt.
Une nation qui a dévoré ses héros pour donner naissance à des myriades d’ombres cassées, nourries au sein de la couardise.
Une nation qui accepte l’humiliation comme une fatalité, qui couche avec le premier maître de passage et qui répudie ses enfants pour faire de la place aux pantoufles du dernier arrivé.
Une nation qui regarde brûler ses toits, empoisonner ses puits et massacrer sa famille, mais qui préfère baisser la tête parce qu’on lui a demandé de se comporter comme la plus docile des catins.
Une nation qui fait rire le reste du monde et fait pleurer ses propres entrailles.
Une nation qui ment à ses oreilles, qui raconte une histoire dont les pages ont fané avec l’oubli et le soleil.
Une nation narcissique qui a regardé son reflet dans les eaux tumultueuses du Niagara, avant d’y plonger en oubliant qu’elle ne savait pas nager, qui a condamné les fenêtres et ouvert les robinets de gaz.
Une nation qui a déserté les bancs des écoles, érigeant de nouvelles idoles à l’effigie d’hommes de peu de foi.
Une nation qui a banni les compétences, chassé les patriotes et importé des gardes prétoriennes pour barricader les portes des palais.
Une nation qui tremble comme un vieux dentier au battement d’ailes d’un papillon, qui sursaute au plus petit bruit venant de la rue, qui appelle au secours le caïd du quartier lorsqu’il sent l’odeur de la poudre.
Une nation qui n’en finit plus de décevoir même lorsque sa survie est en jeu, qui accepte la gifle s’empressant de tendre l’autre joue en s’excusant d’exister.
Une nation aussi prévisible que le réflexe de Pavlov, aussi charismatique qu’un gecko dépressif perdu dans le désert de Gobi.
Une nation qui a financé l’IA alors que la bêtise a élu domicile sous ses dômes et se reflète dans ses vitraux.
Une nation qui tue par plaisir, qui ment par habitude, qui complote pour la mort de ses cousins au profit des étrangers au quartier.
Une nation qui, finalement, n’en est pas une, qui a usurpé une identité lourde à assumer, qui a travesti l’histoire en payant grassement les scribes faussaires.

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