Centre Pierre Claverie (Oran): Saint Augustin au cœur d’un débat intellectuel
Avant-hier, samedi après-midi, au Centre Pierre Claverie, Abdenasser Smail a présenté son essai «Saint Augustin, un Nord-Africain universel » devant un public composé d’universitaires, d’étudiants et de passionnés de philosophie.
La rencontre, marquée par des échanges soutenus, a pris une tournure particulièrement dense en fin d’intervention, lorsqu’une question qualifiée de «redoutable» par l’auteur a été soulevée. Portant sur la définition d’une pensée universelle, cette interrogation n’a pu être développée sur place, faute de temps, laissant un sentiment d’inachevé chez une partie de l’assistance.
Quelques heures plus tard, l’auteur a toutefois repris cette question proposant une réponse structurée qui prolonge directement les débats engagés lors de la rencontre. S’appuyant sur la figure de Saint Augustin, il y développe une conception exigeante de l’universalité. Selon lui, une pensée universelle ne consiste pas à faire consensus, mais à atteindre ce qu’il y a de plus profond dans l’expérience humaine : le temps, le mal, l’amour ou encore la vérité.
Dans cette lecture, l’universalité ne signifie pas absence d’ancrage, mais au contraire « enracinement ». C’est précisément depuis Hippone que Saint-Augustin a élaboré une pensée capable de traverser les siècles. En introduisant la notion d’intériorité, il opère un basculement majeur : de l’observation du monde extérieur vers l’exploration de la conscience. Le mal y devient une expérience intime, le temps une réalité vécue, inscrite dans la subjectivité humaine.
L’auteur souligne également le rôle fondamental d’Augustin dans la structuration de la pensée chrétienne. En conceptualisant la grâce, la fragilité humaine et le rôle de l’Église, il ne se contente pas d’adhérer à une foi, mais en propose une véritable architecture intellectuelle. Une démarche qui, selon lui, illustre une idée centrale : l’universalité ne relève ni de l’abstraction ni d’un monopole culturel, mais d’une conquête de l’esprit.À travers cette intervention prolongée, la rencontre d’Oran a dépassé ainsi le simple cadre d’une présentation d’ouvrage pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur la place de l’Afrique du Nord dans l’histoire des idées, et sur sa capacité à produire des pensées à portée universelle.
O.A Nadir
