Habitat précaire : Le défi d’une solution durable

Le souvenir reste vif. En avril dernier, un glissement de terrain meurtrier a frappé le site dit « Terrain Chabat », dans le quartier Es-Sanaoubar, provoquant la mort de quatre personnes et blessant treize autres. Face à ce drame, les autorités locales ont réagi rapidement.
Sur ordre du président de la République, 182 familles sinistrées ont été relogées d’urgence, dès le lendemain, dans des logements neufs de la cité des 900 logements publics locatifs de Misserghine. Quelques jours plus tard, une deuxième vague a permis le relogement de 243 familles supplémentaires, dont 129 à Oued Tlelat et 114 autres à Misserghine. Les habitations fragilisées et classées « en danger d’effondrement » ont ensuite été démolies.
Cette réponse rapide, coordonnée entre la wilaya d’Oran, le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Habitat et l’Office de promotion et de gestion immobilière, a permis de limiter les risques d’un nouveau drame sur ce site instable. Le CTC avait déjà classé plusieurs habitations de la zone comme dangereuses avant l’accident, ce qui montre que l’alerte existait mais n’a pas suffi à éviter le pire.
Le problème de fond, cependant, reste loin d’être réglé. À l’échelle de la wilaya d’Oran, plus de 150 sites d’habitat précaire subsistent, répartis sur une superficie dépassant 100 hectares. On y recense entre 8 000 et 9 000 constructions illicites, abritant plus de 15 000 familles dans 23 communes. Des zones comme Hassi Bounif, Bir El Djir, Aïn El Turck, Sidi Chahmi, Bousfer ou encore El Ançor concentrent une part importante de ces habitats précaires, souvent installés sur des terrains instables, des zones agricoles ou même forestières.
Le phénomène ne cesse d’évoluer : malgré les opérations d’éradication, des familles reviennent parfois occuper les terrains démolis, ou de nouveaux bidonvilles surgissent dans les périphéries, notamment du côté d’El Hassi. Plus de 400 nouvelles constructions illicites ont ainsi été recensées après des vagues de démolition et de relogement.
Des témoignages recueillis par Algérie Presse illustrent le quotidien de ces familles. « Nous vivions dans la peur chaque fois qu’il pleut, le sol tremble sous nos pieds », a confié une habitante relogée à Misserghine. Un autre père de famille, également rapporté par Algérie Presse, décrit son nouveau logement comme « un vrai soulagement, mais on n’oublie pas les voisins qui sont encore dans des baraques en bois et en tôle, toujours menacés ». Une troisième voix, celle d’un jeune du quartier Es-Sanaoubar, estime que « les relogements ont aidé beaucoup de familles, mais les bidonvilles continuent d’apparaître ailleurs, c’est comme si on déplaçait le problème ».
Ce cycle sans fin souligne les limites d’une politique basée uniquement sur la démolition et le relogement. La croissance démographique, la pression foncière, le chômage et la précarité poussent régulièrement des familles vers l’occupation illégale de terrains. La wilaya d’Oran a multiplié les programmes de logements publics locatifs et sociaux, mais la demande dépasse largement l’offre.
Le drame d’Es-Sanaoubar rappelle que la question des bidonvilles n’est pas seulement sociale, mais aussi sécuritaire. La topographie accidentée d’Oran et ses zones fragiles exposent les familles à des risques permanents de glissements de terrain, d’inondations ou d’effondrements. Sans une politique durable intégrant l’urbanisme, la prévention des risques naturels et un accompagnement social des populations vulnérables, la menace d’un nouvel accident reste bien réelle.
O.A Nadir
