Mode ! Les jeunes créateurs font le buzz

Dans les ruelles d’Oran, les vitrines se remplissent peu à peu de sweats oversize, de vestes brodées et de t-shirts où s’impriment des mots en arabe dialectal. Une génération de jeunes stylistes tente de réconcilier la mode mondiale avec l’identité algérienne, loin des podiums de Paris mais bien ancrée dans les trottoirs de la ville.

À Hai Yaghmourassen, un petit atelier attire l’œil avec son néon blanc : Unique Mode. À l’intérieur, des machines à coudre ronronnent pendant qu’un jeune homme, casquette vissée sur la tête, trace un motif au feutre sur du tissu noir. Il s’appelle Sofiane, 27 ans, autodidacte, ancien vendeur de friperie.
Sur les réseaux sociaux, le phénomène prend de l’ampleur. Les hashtags #WahranStyle et #DzStreetwear cumulent des milliers de vues sur TikTok. Des jeunes photographes et vidéastes oranais comme Yacine Mezouar captent cette esthétique dans des shootings improvisés à la gare, sur la corniche ou devant les immeubles de la cité AADL d’Es-Sénia.
Pour beaucoup, c’est aussi un moyen de vivre de leur créativité sans quitter le pays. Les micro-marques vendent directement sur Instagram, parfois en livraison locale. D’autres collaborent avec des artisans de Sidi El Houari pour produire des pièces uniques. Les prix varient entre 2 000 et 8 000 dinars selon la complexité du modèle, la broderie et le tissu. Les vestes ou hoodies personnalisés peuvent atteindre jusqu’à 12 000 DA, tandis que les t-shirts imprimés restent les plus accessibles.
Le secteur de l’artisanat en Algérie a contribué à hauteur de 360 milliards de dinars au Produit National Brut en 2023, selon le ministre du Tourisme et de l’Artisanat Mokhtar Didouche. Le nombre d’artisans dépasse 1,1 million, répartis entre artisanat d’art, production et services.
À Oran, la Chambre de l’Artisanat et des Métiers a organisé plusieurs sessions de qualification : en 2022, environ 994 porteurs de projets ont bénéficié de formations dans 31 spécialités artisanales, dont la couture et le design textile.
À la sortie d’un café de la place d’Armes, Meriem, étudiante en arts plastiques, arbore un sweat où l’on peut lire “Ma t’khafch” en lettres rouges.
Le phénomène reste encore marginal dans un marché dominé par les vêtements importés, mais il gagne en visibilité. Les créateurs oranais se regroupent, participent à des événements, et certains rêvent même d’exporter leurs collections vers Alger ou Tunis.
Dans les rues de la cité El Akid Lotfi, on croise désormais plus de sweats made in Oran que de copies de marques étrangères. Une mode qui n’a pas de complexe, mais beaucoup d’âme — celle d’une jeunesse qui veut coudre son avenir à la main.
O.A Nadir

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