Dessalement de l’eau de mer : Le savoir-faire algérien souligné

Selon l’expert international en ressources hydriques, Ahmed Kettab, directeur de recherche à l’École polytechnique d’Alger, l’Algérie dispose désormais du savoir-faire technique et industriel lui permettant de construire une station de dessalement d’une capacité de 300 000 m³ par jour en seulement deux ans.
Invité sur la Chaîne 3 de la Radio nationale, M. Kettab a souligné que cette performance est le fruit de l’expérience accumulée par l’ex-Algerian Energy Company (AEC), devenue Algerian Desalination Company (ADC). « L’expérience acquise permet aujourd’hui d’atteindre des délais de réalisation compétitifs, comparables aux standards internationaux », a-t-il déclaré.
Revenant sur la réunion du Conseil des ministres présidée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, l’expert a rappelé la décision de lancer la construction de trois nouvelles stations à Chlef, Mostaganem et Tlemcen, les régions les plus exposées au déficit hydrique. Ces infrastructures devraient permettre d’alimenter près de 9 millions d’habitants, à raison de 100 litres d’eau par jour et par personne, selon les estimations de l’ADC.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’un programme présidentiel amorcé en 2020, qui a permis la mise en service de cinq stations de grande capacité entre 2020 et 2025, dont celles d’El Tarf, Oran, Tipaza, Béjaïa et Boumerdès, produisant au total 1,5 million de m³ par jour, soit près de 42 % des besoins nationaux en eau potable.
Selon Mouloud Hachlaf, directeur de la communication de l’ADC, le pays s’apprête à lancer un deuxième programme complémentaire de dessalement comprenant six nouvelles stations réparties de l’Est à l’Ouest, pour une capacité supplémentaire de 1,8 million de m³ par jour. Ce programme, estimé à 2,8 milliards de dollars, vise à porter la couverture nationale à 60 % des besoins en eau potable, tout en intégrant 30 à 35 % d’énergie solaire dans le fonctionnement des unités.
« Notre objectif est clair : une gestion 100 % nationale du dessalement, avec un recours croissant aux énergies renouvelables pour réduire les coûts et l’empreinte carbone », a précisé M. Hachlaf sur la Radio nationale.
Par ailleurs, les cinq premières stations construites dans le cadre du programme d’urgence ont généré près de 10 000 emplois directs et indirects, mobilisant des entreprises locales et favorisant le transfert de technologie. Le développement du dessalement a également stimulé les secteurs de la formation, de l’innovation et des infrastructures publiques, notamment les réseaux électriques et de télécommunication nécessaires à l’exploitation de ces installations.
Ahmed Kettab a enfin évoqué la nouvelle orientation stratégique du Gouvernement, qui vise à acheminer l’eau dessalée jusqu’à 250 kilomètres à l’intérieur du territoire, contre 150 km actuellement. « C’est une avancée majeure dans la politique de sécurité hydrique nationale. L’objectif est de garantir un accès équitable à l’eau potable, même dans les zones les plus reculées », a-t-il expliqué.
Cette approche s’inscrit dans un contexte de stress hydrique croissant : selon les données de la FAO (2024) et du Programme des Nations unies pour l’environnement, l’Algérie pourrait connaître une baisse de 20 % des précipitations d’ici 2050, rendant le dessalement un outil stratégique de résilience climatique.
T. Feriel
