Boukhalfa Yaici, DG du Cluster des énergies renouvelables à Algérie Presse : « La vision de l’Algérie à propos de l’hydrogène vert doit être revue »

 

Dans un entretien avec « Algérie Presse », le Directeur Général du Cluster des énergies renouvelables, Boukhalfa Yaici, évoque des perspectives de production et d’exportations de l’hydrogène par l’Algérie sur la base d’une feuille de route établie par le Gouvernement en mars dernier.

Algérie Presse : Quel est votre avis concernant la feuille de route proposée par le Gouvernement à propos du développement de l’hydrogène vert en Algérie ?
Boukhalfa Yaici : Le gouvernement a annoncé, depuis le mois de mars passé, une feuille de route qui propose, grosso modo, de passer de l’exportation, je dirais, du gaz naturel à l’exportation de l’hydrogène vert. Je pense que ce modèle-là devrait être revu dans le sens où il serait plus opportun pour le pays d’investir davantage dans une industrie qui produirait des produits issus de l’hydrogène, comme le méthanol et de l’exporter. Ce type de produit a une valeur ajoutée beaucoup plus importante et cela nous évitera d’exporter uniquement de la matière première qui serait de l’hydrogène vert.

Donc, vous demandez de revoir cette approche ?
Tout à fait. Cette partie-là est déjà programmée dans la feuille de route de l’État, mais elle sera juste utilisée pour réaliser des projets pilotes, c’est-à-dire pour tester un peu le modèle de la production d’hydrogène. Et comme on sait qu’on ne pourra pas exporter de l’hydrogène via, par exemple, des gazoducs, il va y avoir certainement de l’hydrogène qui va être injecté dans des usines qui proposent, par exemple, de l’ammoniaque. Or, cette démarche-là serait la bienvenue pour réaliser des projets pilotes, mais je pense qu’on devrait réfléchir davantage pour créer les conditions pour intéresser de gros investisseurs, par exemple qui sont dans l’Union européenne, à venir en Algérie produire ce type de produits dérivés et les exporter en Europe ou dans d’autres pays. Un petit peu à l’exemple de ce qui se fait aujourd’hui avec « Tosyali » qui bénéficie des avantages d’un tarif de gaz naturel très compétitif et qui lui permet d’exporter à travers le monde. Pourquoi ne pourrions-nous pas aussi faire la même chose, mais en produisant localement de l’hydrogène et les dérivés de l’hydrogène que l’on va pouvoir exporter.

Quels sont les mécanismes qui doivent être concrétisés pour atteindre cet objectif ?
L’idée, c’est de reprendre le dossier. On le considère non pas comme un projet de production d’hydrogène vert qu’on va exporter à l’image de ce qu’on fait avec le gaz naturel, mais comme un projet industriel. C’est-à-dire qu’il y aura des répercussions sur la création de la chaîne de valeur locale.

Est-ce qu’il existe des ressources nécessaires pour une future exportation de ce produit ?
Exactement. Après l’indépendance, et on ce qui concerne le gaz, on n’avait pas les capacités et les ressources nécessaires en termes de ressources humaines. Je dirais que c’était la seule solution à l’époque. Mais aujourd’hui, nous sommes en 2023. Dans quelques années, on va être plus de 60 millions d’habitants. Il y a énormément de jeunes qui sortent de l’université, des centres de formation professionnelle. Nous avons aussi l’obligation de penser à procurer des postes d’emploi pour tous ces jeunes-là.
Entretien réalisé par Hamza. B

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