La passion du tuning prend vie: Au cœur des garages « clandestins »

La mécanique n’est pas seulement un métier, c’est un art pour une nouvelle génération de jeunes passionnés d’automobile. Dans des garages souvent improvisés, derrière des portails grinçants ou sous des hangars abandonnés, ils transforment des voitures ordinaires en véhicules uniques, reflet de leur créativité et de leur identité. Ces espaces, loin des regards des autorités, sont devenus le théâtre d’une économie parallèle où débrouillardise et talent s’entrelacent.
Imad, 24 ans, mécanicien autodidacte, nous raconte : « J’ai commencé à bricoler des voitures à 16 ans. On n’a pas les moyens d’ouvrir un garage officiel, alors on fait ça ici, dans l’ombre. Chaque voiture est un défi, un moyen de montrer ce qu’on sait faire. » Il poursuit : « Les clients viennent de tous les coins : certains veulent un look unique, d’autres cherchent des pièces rares. On invente des solutions avec ce qu’on a, parfois en récupérant des pièces sur d’anciennes voitures. »
Les garages clandestins ne sont pas uniquement des lieux de travail, ils constituent aussi un espace d’échanges et de partage. Sur Facebook, Instagram ou TikTok, des pages comme Algerian Tuning Family permettent aux passionnés de publier leurs réalisations, d’échanger des astuces, et même de vendre ou d’acheter des pièces détachées. Ces réseaux sociaux font office de vitrines et de communautés pour une jeunesse qui veut être reconnue sans passer par les circuits officiels.
Mais cette passion comporte des risques. Les pièces importées illégalement ou récupérées sur des véhicules hors d’usage peuvent être dangereuses. Les jeunes mécaniciens travaillent sans formation professionnelle certifiée, sans assurances, et doivent souvent faire preuve d’ingéniosité pour contourner les contraintes légales. Malgré cela, la scène du tuning continue de croître, portée par l’envie de s’exprimer, de se réapproprier l’espace urbain et de créer un style qui leur est propre.
En Algérie, la réglementation concernant les garages clandestins et le tuning automobile est strictement encadrée. La loi n° 25-03 du 1er juillet 2025, modifiant et complétant la loi n° 04-18 du 25 décembre 2004 relative à la prévention et à la répression de l’usage et du trafic illicites de stupéfiants et de substances psychotropes, impose des sanctions sévères pour toute activité illégale liée à la modification non autorisée de véhicules.
La passion du tuning à Oran ne se limite pas à l’esthétique : elle implique des dépenses parfois importantes et des choix techniques précis. Pour des modifications simples, comme un système audio amélioré ou un léger changement de suspension, les jeunes passionnés dépensent généralement autour de 30 000 DA. Les transformations plus poussées, combinant esthétique et mécanique de base, peuvent atteindre 100 000 DA, tandis que les projets intermédiaires, incluant des modifications mécaniques et visuelles plus complexes, oscillent entre 200 000 et 500 000 DA. Pour les projets haut de gamme, avec personnalisations intérieures, moteurs optimisés et carrosserie retravaillée, la facture peut dépasser les cents millions de centimes.
O.A Nadir
