Pour lutter contre la spéculation: Bientôt des bananes « algériennes » ?

Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, et le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, ont coprésidé mercredi dernier à Alger une réunion interministérielle consacrée à la présentation de deux projets stratégiques.
Parmi eux, la relance de la culture de la banane en Algérie, à travers la mise en place d’une unité de production de plants par la technique de culture de tissus. Le projet prévoit une capacité de 10 millions de plants de bananiers par an, en partenariat entre le Centre de recherche en biotechnologie (CRBt) de Constantine et l’Entreprise de développement des cultures stratégiques. Plus de 4 700 hectares de terres agricoles seront mis à disposition des agriculteurs souhaitant investir dans cette filière, dans les zones disposant des conditions favorables.
La culture de la banane n’est pas nouvelle en Algérie. Introduite dans les années 1970 dans certaines régions du littoral, elle a connu un développement limité en raison des contraintes climatiques et techniques. La consommation nationale, en revanche, n’a cessé de croître, faisant de la banane l’un des fruits les plus prisés par les ménages. Cette demande soutenue a souvent été confrontée à des problèmes de disponibilité et à des hausses de prix liées à la spéculation.
En effet, ce fruit exotique est régulièrement au cœur de polémiques sur le marché national. Les fluctuations de prix, parfois spectaculaires, sont attribuées à des pratiques spéculatives et à une dépendance aux importations. En réponse, l’Etat a renforcé sa lutte contre la spéculation liée à ce marché où des commerçants peu scrupuleux profitent de la forte demande pour stocker de grandes quantités et créer artificiellement des pénuries.
Les hausses de prix spectaculaires ainsi observées ont souvent suscité l’indignation des consommateurs et poussé les autorités à renforcer les contrôles donnant lieu à des sanctions exemplaires. En mars 2025, le tribunal d’Es-Senia a condamné un commerçant à 15 ans de réclusion pour spéculation illicite. Il avait été pris en flagrant délit avec 3 718 kg de bananes destinées à être retenues du marché afin d’en faire grimper les prix. Quelques mois plus tôt, le tribunal correctionnel d’Arzew a condamné deux individus à 10 ans de prison ferme chacun et à une amende d’un million de dinars pour spéculation illégale sur les bananes. Ils avaient été interceptés par une brigade mixte de la gendarmerie et des douanes, avec une quantité importante de ce fruit destinée à la rétention du marché.
La réunion a également porté sur la création d’une entreprise spécialisée dans la production de semences locales, notamment de maïs grain et de légumes hybrides, en partenariat avec l’Université de Tiaret. L’objectif est de réduire les importations, renforcer la souveraineté alimentaire et améliorer la compétitivité des produits agricoles algériens.
Les deux ministres ont insisté sur l’importance de ces projets pour la souveraineté alimentaire et la création de valeur ajoutée pour l’économie nationale. Ils ont donné des instructions pour former des équipes techniques et préparer les textes réglementaires nécessaires à leur mise en œuvre.
G. Salima
