Macron écrit à Tebboune à l’occasion du 1er Novembre: Faut-il n’y voir qu’un message protocolaire ?

Le message de vœux d’Emmanuel Macron à Abdelmadjid Tebboune, à l’occasion du 1er Novembre, même à échelle protocolaire, s’inscrit, selon les observateurs, dans une dynamique de réchauffement diplomatique entre la France et l’Algérie, amorcée depuis octobre 2025.
Une lecture que vient confirmer la déclaration du Premier ministre français, Sébastien Lecornu, qui a souhaité, hier, que la renégociation de l’accord de 1968 entre la France et l’Algérie «démarre le plus vite possible», réaffirmant son opposition à son «abrogation» après un vote symbolique en ce sens des députés, jeudi dernier, d’une proposition de résolution du Rassemblement national visant à le «dénoncer ». « Il faut (…) désormais que ce début de renégociation démarre le plus vite possible », a précisé Lecornu, en suggérant de repartir du comité intergouvernemental de haut niveau des deux pays de 2022, qui avait « acté que nous devions renégocier cet accord ».
Sébastien Lecornu a de même évoqué «la question de la lutte contre le terrorisme et la coopération en matière de sécurité, la question de la pression terroriste qui monte au Sahel, les questions de sécurité maritime et puis les questions économiques». Il a insisté sur «le respect de la souveraineté de l’Algérie» et de son gouvernement. «Quels que soient nos désaccords, on doit être capable de mener une discussion qui soit exigeante et qui protège nos intérêts», a-t-il dit, en promettant de «ne jamais faire de la question de l’Algérie un sujet de politique intérieure en France».
Il s’agit d’un «sujet bilatéral, de respect, qu’il convient à mon avis de traiter avec beaucoup de sang-froid pour nous permettre justement d’avancer», a-t-il souligné, en redisant que l’exécutif français restait «mobilisé» pour obtenir la libération du franco-algérien Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes, tous deux condamnés par la justice algérienne.
Pour rappel, les relations bilatérales ont longtemps été marquées par des tensions mémorielles, des différends politiques et des crispations diplomatiques exacerbées par la volonté de Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur de faire du dossier Algérie son cheval de bataille politique. Cependant, depuis la formation du gouvernement français Lecornu II en octobre 2025, un changement de ton semble s’opérer aidé en cela par la mise à l’écart de Retailleau.
La dernière sortie médiatique de l’actuel locataire de Beauvau, Laurent Nuñez, va dans ce sens, lui qui a mis en garde contre l’usage de la méthode du « bras de fer » avec Alger, dans un entretien accordé au Parisien. Il a critiqué cette approche, affirmant que « ceux qui font croire aux Français que le bras de fer et la méthode brutale sont la seule solution, la seule issue, se trompent. Ça ne marche pas, dans aucun domaine ». Il a également regretté « les conditions dans lesquelles s’est déroulé ce vote », soulignant que cette posture a conduit à une rupture du dialogue avec Alger, notamment sur les questions migratoires et sécuritaires.
Pourtant, le successeur de Bruno Retailleau reste optimiste, évoquant des « signaux » d’une amélioration des relations bilatérales. « Le ministre de l’Intérieur algérien m’a récemment écrit pour m’inviter », a-t-il annoncé sans toutefois préciser la date de cet échange.
Dans ce contexte, le message de vœux adressé par Emmanuel Macron à Abdelmadjid Tebboune pour la commémoration du déclenchement de la Guerre de libération nationale prend une dimension particulière. Bien que formel, ce geste est perçu comme un signal d’ouverture, surtout dans une période où les échanges entre les deux capitales avaient été réduits au strict minimum.
Saïd Oussad
