Sécurité hydrique: Une nouvelle SDEM lancée à Tlemcen

Une nouvelle étape majeure dans le renforcement de la sécurité hydrique en Algérie a été franchie samedi avec le lancement du chantier de réalisation d’une station de dessalement d’eau de mer à Aïn Ajroud, dans la commune de Marsat Ben-Mehidi, wilaya de Tlemcen. La cérémonie s’est déroulée en présence du wali de Tlemcen, du directeur général de Sonatrach, Noureddine Daoudi, du Président-directeur général de l’Entreprise algérienne de dessalement de l’eau (EADE), Lahcen Bada, ainsi que des autorités civiles et militaires, des élus locaux et des cadres du secteur
de l’hydraulique.
La nouvelle station, qui s’étend sur 15 hectares, sera réalisée par la société Cosider Canalisations, spécialisée dans les grands projets d’infrastructures hydrauliques. Elle aura une capacité de production de 300 000 m³ d’eau par jour, destinée à l’alimentation en eau potable de trois millions d’habitants de la wilaya de Tlemcen et des régions voisines. La première tranche, prévue dans 22 mois, permettra une production initiale de 150 000 m³/jour. Le projet devrait également générer environ 1 500 emplois, dont 100 permanents.
« Ce projet s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des décisions du Président de la République visant à résoudre le problème d’alimentation en eau potable dans les wilayas de l’Ouest du pays », a déclaré Noureddine Daoudi, précisant que deux autres stations similaires seront lancées à Chlef et Mostaganem.
Cinq stations lancées cette année
Cette station s’inscrit dans un programme complémentaire approuvé par le Conseil des ministres en octobre dernier, qui vise à renforcer la sécurité hydrique dans le pays. Elle s’ajoute aux cinq stations déjà inaugurées cette année à El Tarf (Koudiet Draouche), Boumerdès (Cap Djinet), Tipaza (Fouka), Oran (Cap Blanc) et Béjaïa (Tighremt-Toudja), toutes d’une capacité de 300 000 m³/jour et pour un coût global avoisinant 2,4 milliards USD. La mise en service de ces installations portera le nombre total de stations de dessalement en Algérie à 19, augmentant la capacité nationale de production de 2,2 millions à 3,7 millions de m³/jour, soit 42 % de la demande nationale en eau potable.
Le directeur de l’Agence nationale du dessalement d’eau (ANDE), Brahim Mohamed, a indiqué que «l’objectif est d’atteindre un taux national de couverture en eau potable de 62 % hors nappes phréatiques ». Il a ajouté que la réalisation de ces stations permettra également de prévenir l’épuisement des nappes phréatiques et de réduire les risques de catastrophes environnementales liées au stress hydrique.
Selon les responsables du secteur de l’hydraulique et des ressources en eau, ces projets ont été élaborés sur la base d’études scientifiques rigoureuses, prenant en compte les moyennes réelles de consommation d’eau potable et les spécificités de chaque région en matière de pluviométrie. La wilaya de Tlemcen dispose par ailleurs de deux autres grandes stations de dessalement implantées à Honaine et Souk Tleta.
Au niveau national, la stratégie algérienne repose sur deux phases principales. La première phase comprend la construction des cinq grandes stations mentionnées, destinées à couvrir les besoins des régions côtières et des zones adjacentes, représentant près de 42 % de la demande nationale en eau potable. Ces installations ont été réalisées sous la supervision de l’État, de l’EADE et de Sonatrach, dont le rôle technique et logistique est central.
Phase deux : horizon 2030
La deuxième phase prévoit la construction de stations complémentaires dans les wilayas de Tlemcen, Mostaganem, Chlef, Tizi Ouzou, Jijel et Skikda. Chacune de ces unités sera également capable de produire 300 000 m³/jour, portant la capacité nationale totale de dessalement à 5,5 à 6 millions de m³/jour d’ici 2030. Cette expansion permettra de réduire la dépendance aux ressources en eau de surface et souterraines, tout en augmentant la résilience face aux sécheresses et aux aléas climatiques.
En outre, l’Algérie dispose déjà de plusieurs installations plus anciennes ou complémentaires, comme la station de Corso (Wilaya de Boumerdès), d’une capacité de 80 000 m³/jour, ou la station de Hamma à Alger, capable de produire 200 000 m³/jour et desservant environ 1,5 million de personnes. Ces installations contribuent à stabiliser l’approvisionnement en eau potable à l’échelle locale.
Ces projets ont aussi des retombées économiques et sociales importantes. La création de milliers d’emplois directs et indirects illustre l’impact positif sur les communautés locales. Le programme national de dessalement, qui prévoit une production totale de 5,6 millions de m³/jour d’ici 2030, consolide ainsi la sécurité hydrique et soutient le développement économique et social du pays.
Malgré ces avancées, plusieurs défis subsistent, notamment la consommation énergétique des stations, l’entretien et la maintenance, ainsi que l’intégration des nouvelles unités dans les réseaux existants. Néanmoins, grâce au soutien fort de l’État et à l’expertise d’acteurs clés comme Sonatrach et l’EADE, l’Algérie progresse rapidement vers une couverture durable et sécurisée en eau potable.
D. Hamdan et B. Soufi
