Projet de loi de finances 2026: Un soutien aux énergies vertes
Le projet de loi de finances (PLF) 2026 marque un virage majeur dans la politique énergétique nationale, en consacrant pour la première fois un ensemble de mesures fiscales et structurelles en faveur du développement des énergies renouvelables. C’est ce qu’a affirmé, hier mardi, le directeur général du Groupe de l’énergie verte, le Pr Boukhalfa Yaïci sur les ondes de la Radio nationale.
Selon lui, quatre articles spécifiques du PLF 2026 visent directement à stimuler l’investissement dans les énergies propres et à renforcer la base industrielle nationale liée à ce secteur. « Il s’agit d’un signal fort de la volonté politique de l’État d’accélérer la transition énergétique », a-t-il souligné.
Yaïci a rappelé que cette orientation s’inscrit dans la continuité du remaniement ministériel du 14 septembre dernier, qui a vu la création d’un ministère indépendant des Énergies renouvelables, dissocié de celui de l’Énergie et des Mines — une décision traduisant, selon lui, « la détermination du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à donner un nouvel élan à ce secteur stratégique».
Le projet de loi introduit un abattement fiscal de 5 % pour les entreprises actives dans le domaine des énergies renouvelables (article 99 du texte). Cette mesure permettra, a expliqué Yaïci, « de réorienter les marges dégagées vers l’investissement dans les infrastructures et équipements », favorisant ainsi une montée en puissance des projets solaires et éoliens à l’échelle nationale et régionale.
Sur le plan domestique, le responsable a souligné que l’objectif est de rendre l’énergie verte plus accessible aux citoyens, notamment à travers la promotion des chauffe-eau solaires. Actuellement, leur coût, estimé entre 80 000 et 100 000 DA, freine leur adoption, malgré une subvention étatique couvrant près de 45 % du prix. Pour encourager leur diffusion, le PLF 2026 prévoit une réduction des droits de douane de 30 % à 15 % sur ces équipements. Une feuille de route ambitieuse prévoit la production de 100 000 chauffe-eau solaires d’ici 2035, dans le cadre d’une stratégie de substitution progressive au gaz de ville.
Ces mesures s’inscrivent dans la politique nationale de réduction des émissions de gaz à effet de serre, en conformité avec les engagements internationaux de l’Algérie. « L’enjeu est double : bâtir une véritable industrie nationale des énergies propres et créer des emplois durables », a insisté Yaïci.
Le DG du Groupe de l’énergie verte a toutefois alerté sur la hausse annuelle de 4 à 6 % de la consommation énergétique, dont 98 % repose encore sur le gaz naturel. Avec une population appelée à dépasser 50 millions d’habitants dans les prochaines années, l’Algérie doit, selon lui, « anticiper le choc de la demande » et instaurer « un climat propice à l’investissement privé et étranger » dans le secteur énergétique.
Yaïci a par ailleurs évoqué les retards dans la mise en œuvre du programme solaire de Sonelgaz, lancé en mars 2024, et visant la production de 3 200 MW via 15 centrales photovoltaïques réparties sur 12 wilayas. Il a estimé que 400 MW devraient être opérationnels d’ici la fin de 2025, contribuant au renforcement de la sécurité énergétique nationale.
Enfin, Yaïci a averti que, dès janvier 2026, les exportations énergétiques algériennes devront se conformer aux normes de réduction d’empreinte carbone imposées par les marchés européens. Il a plaidé pour une coordination renforcée entre les ministères de l’Énergie renouvelable et de l’Environnement, afin d’unifier les standards de mesure et d’accompagnement des entreprises nationales.
« L’Algérie doit aborder cette échéance avec une stratégie claire, un soutien coordonné et une ambition industrielle solide », a-t-il conclu.
T. Feriel
