Lauréat de la bourse Zermani : Halim Mekhancha, l’œil numérique du cinéma algérien
Entretien réalisé par O.A Nadir

Dans l’univers du cinéma, certains créateurs ne se contentent pas de filmer le réel : ils le transforment. Halim Mekhancha fait partie de cette génération qui fait entrer l’Algérie dans l’ère de l’image hybride, où la technique sert la narration.
Directeur de la photographie, monteur, artiste VFX et désormais lauréat de la bourse Zermani aux 20es Rencontres cinématographiques de Béjaïa pour son projet « Marche ou crève », il incarne une ambition nouvelle : raconter des histoires algériennes avec des outils dignes des grandes productions internationales.
Algérie Presse : vous intervenez sur des films de grande envergure comme « La Dernière Reine ». Comment abordez-vous le lien entre technique et narration ?
Halim Mekhancha : la priorité quand on intervient sur un projet comme celui-ci est de trouver la meilleure manière de coller au récit proposé par le réalisateur, tout en respectant les délais et le budget imposés par la production. Une multitude de techniques sont disponibles, entre les effets dits pratiques (SFX), réalisés directement sur le plateau lors du tournage, et les effets numériques (VFX), conçus lors de la phase de post-production.
La discussion avec le réalisateur est une étape très importante lors de la préparation du tournage : les décisions qui en découleront auront un impact direct sur l’image et donc sur le film lui-même.
Le travail de supervision des effets spéciaux revêt une importance cruciale avant, pendant et après le tournage.
Les échanges avec les différents postes influencent directement la qualité des effets que l’on verra à l’écran. L’un des points les plus critiques est d’assurer une continuité dans l’esthétique des effets du film et de toujours coller au plus près du récit, à la vision du réalisateur. Mon profil de réalisateur spécialisé dans les effets spéciaux a été un atout pour aborder les projets et établir cette connexion entre la technique et la narration.
Selon vous, quels sont les défis spécifiques pour un professionnel algérien dans le domaine des effets visuels à l’international ?
Le domaine des VFX à l’international est ultra compétitif, avec de prestigieux studios dans une multitude de pays où l’industrie cinématographique tourne à plein régime.
Pour un professionnel algérien, les défis à relever sont nombreux : limitations d’accès aux transactions internationales, achat de licences logicielles, et parfois la difficulté à pouvoir se déplacer facilement à l’étranger. Les réseaux sociaux permettent toutefois d’avoir une visibilité inespérée dans ce milieu hyper concurrentiel, et l’Algérie a une carte à jouer en termes de compétences et de créativité.
Établir des relations solides avec les professionnels du métier est un point important à ne pas négliger, et le soutien des cinéastes algériens locaux ou à l’étranger est un moteur du développement de cette industrie.
A l’heure actuelle, sans une base à l’étranger, c’est très difficile — pas impossible, certes, mais très difficile pour être franc.
Comment voyez-vous l’évolution des métiers techniques du cinéma en Algérie, et le rôle que vous pouvez y jouer ?
L’évolution des métiers techniques du cinéma en Algérie est directement liée à la production de films sur le sol algérien. Les récits existent et les techniciens sont là pour leur donner vie sur les écrans.
Nous avons notre propre imaginaire qu’il ne reste qu’à exploiter et faire découvrir au monde entier, pour peu que l’on s’en donne les moyens.
Chacun d’entre nous a son rôle à jouer, chacun à son poste et dans les règles de l’art. Notre pays a toujours produit des films, et continuera à le faire sans aucun doute.
L’évolution des techniques et des compétences suivra l’évolution des récits de nos scénaristes et réalisateurs.
Quant à moi, j’imagine pouvoir un jour transmettre mes acquis à une jeunesse désireuse d’apprendre les spécificités de ce métier.
Quels projets futurs ou collaborations avez-vous en tête, et comment souhaitez-vous développer votre carrière dans les années à venir ?
Durant ma carrière, j’ai toujours eu un profil multifacettes, passant de la réalisation à la supervision des effets spéciaux dans tous types de projets.
Faisons confiance aux réalisateurs pour aller encore plus loin dans leur imagination et créer des récits extraordinaires, sans se mettre de limites quant aux univers qu’ils veulent décrire.
Notre pays recèle de paysages pouvant être le décor d’histoires fantastiques, et notre Histoire commune est un vivier dans lequel puiser pour faire rêver partout dans le monde.
D’un point de vue plus personnel, mon ambition est de continuer à œuvrer au développement de notre industrie cinématographique sur le territoire national, et de contribuer à améliorer, à mon humble niveau, la qualité esthétique des films que nous produisons et que nous produirons encore à l’avenir.
